Témoignage

M. Michel BUSSI
écrivain normand, géographe à l'université de Rouen et originaire de l'Agglo Seine-Eure

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Bonjour donc je suis Michel BUSSI, écrivain normand, géographe à l'université de Rouen et habitant pendant des années de l'Agglomération Seine-Eure.

[00:25]
Seine-Eure, c'est mon coin

En particulier parce que je suis né à Louviers, donc au cœur de l'Agglomération Seine-Eure, j'ai grandi les dix premières années de ma vie au Manoir-sur-Seine et puis ensuite à Pont-de-l'Arche dès l'âge de 10 ans donc j'ai suivi ma scolarité à Pont-de-l'Arche, et après je suis allé étudier à l'université mais j'ai encore beaucoup d'attaches à Pont-de-l'Arche, notamment parce que ma mère y habite encore, et puis j'ai joué notamment au club de tennis de table de Pont-de-l'Arche, enfin je me suis inscrit à ce club-là quand j'avais dix ans et j'y suis encore licencié donc plus d'une quarantaine d'années après donc ça veut dire que régulièrement je retourne m'entraîner et jouer des matchs à Pont-de-l'Arche pour l'équipe de Pont-de-l'Arche, et puis évidemment j'y ai beaucoup d'amis puisque c'est là que j'ai grandi. Je dirais que cette Agglomération Seine-Eure (évidemment elle ne s'appelait pas encore "Agglomération Seine-Eure" à l'époque), c'est un lieu que je connais très bien. [01:23] En particulier, j'ai beaucoup fréquenté quand j'étais jeune et encore un peu maintenant la forêt de Bord pour y avoir fait de très très longues promenades avec ma chienne à l'époque quand j'étais collégien et lycéen. J'ai beaucoup beaucoup fréquenté aussi la base nautique de Poses forcément en tant qu'enfant. Voilà c'est des lieux que, évidemment, je connais très bien et puis j'ai aussi une pensée particulière pour Val-de-Reuil puisque j'ai vu pousser Val-de-Reuil quand j'avais à peu près 10 ans. C'est assez surprenant d'ailleurs d'avoir 10 ans et de voir comme ça pousser cette ville nouvelle au milieu des champs. Et puis ma ma grande sœur y a habité vraiment dans le Germe de Ville dès les toutes premières années donc j'ai vu notamment le quartier de la Grosse Borne naître quasiment. Et puis je le dis souvent mais mes premières grandes découvertes littéraires et musicales, c'est à la médiathèque de Val-de-Reuil puisque gamin j'y allais à vélo et j'allais chercher mes livres et mes disques à Val-de-Reuil qui était une grosse grosse médiathèque pour l'époque donc j'y suis beaucoup allé. Et puis j'ai été aussi surveillant au centre de formation d'apprentis de Val-de-Reuil pendant pratiquement 5 ans pendant toutes mes études à l'université de Rouen, tous les soirs je dormais à Val-de-Reuil puisqu'on avait des apprentis du département de l'Eure qui venaient là donc du coup j'ai une attache très particulière aussi avec cette ville nouvelle de Val-de-Reuil. Voilà donc c'est vraiment mon coin. Et maintenant je n'habite pas très loin puisque même si je suis dans l'agglomération de Rouen je suis à une vingtaine ou 25 km à peu près donc du coup ça reste un endroit où je viens régulièrement. [03:06] Et puis par exemple j'ai eu la chance d'être fait citoyen d'honneur de la commune de Louviers par exemple, donc j'y retourne régulièrement. La librairie "A la page", même si elle ne porte plus ce nom-là, a été une des premières librairie qui m'a vraiment fait confiance avec Mourir sur Seine en particulier donc ça reste la librairie de cœur on va dire. Voilà donc il y a des lieux comme ça avec lesquels j'ai des attaches très très très particulières, du fait même de mon activité professionnelle. [03:35] Pour la ville nouvelle de Val-de-Reuil, si je parle en tant qu'enfant et habitant, c'est vraiment d'excellents souvenirs puisque avec la ville nouvelle de Val-de-Reuil comme je l'ai expliqué il y avait cette médiathèque dans laquelle je me rendais, évidemment je pense qu'à l'époque c'était une médiathèque du niveau de ce qu'on trouvait sans doute à Évreux ou à Rouen, donc forcément ça a été du pain béni pour moi qui adorais fouiner dans ce lieu, et à Pont-de-l'Arche il n'y avait qu'une petite bibliothèque pour tous, très sympathique où j'allais aussi souvent, mais évidemment on n'avait notamment pas d'offre de disques par exemple. Il y avait aussi la piscine, où je suis allé aussi souvent, qui était aussi une piscine à l'époque qu'on ne trouvait pas ailleurs. Voilà il y avait comme ça des suréquipements à Val-de-Reuil qui étaient agréables pour quelqu'un qui habitait à moins de 10 km et qui pouvait y aller en vélo. [04:25] Après, en tant que géographe, j'ai beaucoup discuté, travaillé sur cette ville nouvelle de Val-de-Reuil, j'y ai souvent emmené des étudiants. C'était un cas d'école très très intéressant à étudier. Mais en tous les cas sur la question pure de vivre à côté, oui c'est quelque chose que que j'ai beaucoup aimé. En plus quand j'étais surveillant à Val-de-Reuil c'était assez extraordinaire parce que, le CFA a déménagé maintenant, mais à l'époque le CFA était vraiment dans le germe de la ville et l'internat... pour aller à l'internat il fallait traverser une grande partie de la dalle en particulier le quartier de la Grosse Borne et du coup c'était quand même plus de 200 apprentis chaque semaine qui se promenaient, et des apprentis qui venaient généralement de zones très rurales comme Bernay, enfin ça concernait toute l'Eure mais souvent des zones très rurales et, pour caricaturer un peu, qui n'avaient pratiquement jamais vu un étranger de leur vie et qui traversait la nuit souvent le quartier de Val-de-Reuil qui était composé d'une multitude de nationalités donc le choc des cultures était assez intéressant, parfois assez explosif, y compris aux fenêtres, etc. Et c'était intéressant de voir effectivement cette confrontation entre deux modes de vie vraiment très différents, mais j'ai toujours trouvé que c'était une expérience intéressante. Après, Val-de-Reuil est peut-être un échec d'un certain point de vue quantitatif, démographique, etc. Mais en tous les cas sur le plan du projet sur le plan humain, c'est quelque chose qui pour moi était une vraie expérience, peut-être même d'ailleurs que ça m'a pas mal influencé dans mon projet d'être géographe parce que, effectivement, ça interrogeait quand-même beaucoup, cette utopie. Parce que val-de-Reuil était quand-même une utopie au départ... cette utopie posée au milieu comme ça des boucles de la Seine. [06:14] Le côté nature disons que je connais enfin je l'ai fréquenté parce que, comme je l'ai dit, j'arpentais notamment en vélo pour aller à Val-de-Reuil, le long des boucles de la Seine, à Poses, la Côte des Deux-Amants... C'est des lieux que je connais... les écluses à Poses où on allait se promener... C'est des lieux que je connaissais : la confluence de l'Andelle. Tous ces lieux-là sont des lieux où j'allais me promener régulièrement, mais je n'avais pas d'attrait particulier pour observer les oiseaux à la jumelle ou les animaux. Disons que ça faisait partie de l'écrin dans lequel je vivais, comme la forêt de Bord. C'est vrai que c'est des souvenirs qui sont intéressants, peut-être qui m'ont influencé parce qu'on avait effectivement ce mélange à la fois d'un site très industriel : c'est vrai que naître au Manoir-sur-Seine, c'est vivre à côté des aciéries Pompey, c'est vivre... à l'époque on appelait ça la SICA, donc c'était les odeurs de la SICA, mais c'est aussi les gens qui travaillaient à la SICA. C'était donc une zone très industrielle à l'ombre des usines, et en parallèle oui très vite aussi en pleine nature, donc c'est cette espèce de chose assez étrange d'ailleurs parce qu'on a du mal parfois à expliquer aux gens ce que peut être la vallée de la Seine, parce que pour les gens soit on est dans la nature, soit on est dans une banlieue industrielle, mais le fait qu'on ait de très grosses usines (quand j'étais petit c'était vraiment des très très grosses usines : tout le monde travaillait à l'usine), donc le fait qu'on ait de très grosses usines, donc un environnement très ouvrier dans finalement une campagne avec de l'eau, avec de la forêt, avec des lacs (en tout cas des étangs), etc. C'est quelque chose qui était ma réalité de gamin et du coup oui je pense que ça, ça m'a marqué en étant à la fois un urbain et à la fois quelqu'un qui ne pourrait sans doute pas habiter en plein centre-ville et qui fait que je ne suis toujours pas parisien par exemple.

[08:17]
Le regard du géographe

Alors effectivement je suis géographe, je suis entré à l'université de Rouen comme géographe et puis j'ai gravi tous les échelons : je suis devenu maître de conférences, professeur, puis j'ai dirigé pendant quinze ans le laboratoire de géographie et plus globalement de sciences humaines à Rouen, qui d'ailleurs était aussi au Havre et à Caen, et puis j'ai été pendant longtemps quand-même le spécialiste de l'aménagement du territoire donc j'étais quand-même celui qui faisait les cours, qui encadrait les étudiants et qui en plus répondait assez souvent aux sollicitations des médias sur les questions de politiques territoriales, moins environnementales c'était moins ma spécialité mais en tout cas les questions d'urbanisme très clairement donc du coup j'étais assez régulièrement amené à retravailler sur cette zone-là. [09:06] D'ailleurs pour la petite histoire le premier gros dossier que j'ai fait j'étais en licence donc en troisième année de licence, c'était sur le troisième pont, ou le pont supplémentaire dont on avait longtemps parlé à l'époque, qui était un pont qui globalement relierait la vallée de l'Andelle à la Seine. C'était un pont qui pourrait globalement être aux alentours du Manoir-sur-Seine, puisqu'il y a un pont ferroviaire, et il n'y avait pas de pont et pendant longtemps on a évoqué cette possibilité de pont pour doubler le pont de Pont-de-l'Arche qui était saturé. Je pense que c'est quelque chose qui a complètement été oublié mais moi je l'avais appelé le Pont des Trois Vallées, et alors j'avais rencontré à peu près tous les élus de l'époque, tous les grands chefs d'entreprises, c'était vraiment une question, il y avait des études très sérieuses commandées pour voir si ce pont dévierait ou pas une grande partie du trafic de Pont-de-l'Arche. Evidemment ce pont était aussi programmé avec la perspective de Val-de-Reuil à éventuellement une centaine de milliers d'habitants, et le fait que Val-de-Reuil ne décolle pas en termes démographiques a aussi enterré ce gros projet de pont. Mais enfin je pense que tout le monde a oublié qu'il y a eu un projet de pont mais il y a une trentaine d'années c'était quelque chose qui était encore assez largement discuté donc j'avais fait tout un très très gros travail à l'époque de licence sur ce pont que j'avais appelé le Pont des Trois Vallées. [10:25] J'avais quand-même bien travaillé la question et puis après dans les travaux que j'ai faits j'ai quand-même beaucoup travaillé sur Val-de-Reuil. Il y avait encore l'établissement public quand j'ai commencé mes études et pas mal de mes collègues comme François Gay qui est décédé il y a quelques mois et qui était un des pionniers de Val-de-Reuil et de l'établissement public, a beaucoup travaillé sur ce projet d'urbanisme. Et puis après on a fait des études notamment alors sur l'agglomération Seine-Eure et sur l'agglomération elbeuvienne, donc ce triangle Rouen-Elbeuf-Louviers, et notamment pour les plans de déplacements urbains. On avait fait un certain nombre d'enquêtes sur ces questions là. Donc c'est vrai que régulièrement j'ai été amené à faire travailler des étudiants, ou moi-même à travailler, et puis, quand j'ai commencé aussi à être professeur, c'est l'époque où les territoires ont beaucoup bougé : c'est l'époque où l'intercommunalité est née, en tout cas l'intercommunalité de projet. C'est l'époque où les pays d'une part puis les agglomérations été créés, donc Seine-Eure, Portes-de-l'Eure, etc. Et donc du coup j'ai placé pas mal d'étudiants dans un premier temps en stage puis souvent qui ont trouvé un emploi pérenne, puisque ces structures naissaient à ce moment-là. Donc c'est vrai que du coup je me suis intéressé d'assez près à ces questions d'intercommunalité, notamment celle de Seine-Eure qui était de sorte de cas d'école particulièrement compliqué. Puisque à l'époque, peut-être qu'on a oublié mais Pont-de-l'Arche en était mais il n'y avait pas forcément la continuité. Je me souviens de ces questions où il fallait qu'effectivement les agglomérations soient continues. Et donc Pont-de-l'Arche ne touchait à Louviers que par une bande très étroite de la forêt de Bord, puisque d'autres communes Les Damps par exemple avaient refusé d'en être. Donc on était dans cette question extrêmement compliquée qui pour un géographe était assez intéressante parce que "voilà, qu'est-ce qui fait continuité ou pas ?". Pont-de-l'Arche chef-lieu de canton qui se retrouvait coupé d'une partie des communes de son canton, etc. Ça posait un certain nombre de questions assez intéressantes pour le géographe : "qu'est-ce qu'une intercommunalité de projet ?" qu'est-ce qu'une centralité ?"... Ça c'était quelque chose qui était intéressant. [12:41] Et puis évidemment on a ce fameux "couple" Louviers - Val-de-Reuil qui était intéressant. Moi je suis évidemment né un petit peu avec aussi puisque longtemps effectivement Val-de-Reuil était à la fois cette ville suréquipée mais qui avait toujours ce grand déficit de commerces notamment. Et évidemment Louviers à l'inverse qui était le centre-ville commercial où on allait faire ses courses, mais qui n'avait pas la capacité, à l'époque en tout cas, d'avoir ces équipements qui tombaient pour une part de Paris. Les gens ne se rappellent peut-être pas, c'est l'époque du "Mammouth" à Val-de-Reuil par exemple où on allait faire ses courses. Il y avait effectivement cette rivalité qui était assez intéressante parce que finalement on avait Louviers qui est une ville certes industrielle mais avec une histoire forte, notamment une histoire politique évidemment très forte avec Mendès-France, avec Proust et tant d'autres, et d'un autre côté Val-de-Reuil avec là encore une histoire politique beaucoup plus récente, mais également extrêmement marquée. On avait là pratiquement deux projets urbains qui, sans s'opposer, étaient assez passionnants à voir naître et grandir ensemble. [14:05] Après, si on dit un peu plus de mots de Val-de-Reuil peut-être, par exemple moi j'ai longtemps emmené mes étudiants à Val-de-Reuil. C'était très intéressant parce que quand on montrait aux étudiants Val-de-Reuil, pour eux c'était une banlieue, c'était une ZUP. Donc c'était un truc des années 50 comme la Grand-Mare comme Maromme, ou Château Blanc... pour eux c'est des grands ensembles. Et il fallait travailler pour leur expliquer que non, Val-de-Reuil c'est vingt ans plus tard, c'est une génération plus tard. C'est une ville qui a été conçue pratiquement, au départ, en opposition à ces grands ensembles, et donc avec toutes ces utopies du germe de ville, de la ville sans voitures, etc. Et c'était absolument passionnant. Alors il y avait un certain nombre d'étudiants qui commençaient à comprendre et ce qui est très intéressant à Val-de-Reuil c'est comment on est passé d'une utopie à une ville nouvelle qui finalement a été rattrapée par la périurbanisation et par une ville qui se développe en périphérie ; comment le germe de ville, la dalle, est passé d'une sorte là encore d'utopie comme à Pontoise, finalement on ne va pas dire un bunker mais en tout cas quelque chose qui est isolé ; comment finalement aujourd'hui (bon, je ne suis pas retourné à Val-de-Reuil récemment), mais comment globalement on a essayé de faire que la dalle, qui était une sorte de zone isolée, de la relier le plus possible notamment aux parkings, aux voitures, etc. Donc ça c'était assez intéressant de montrer comment, à travers Val-de-Reuil, on peut pratiquement raconter les quarante dernières années de l'histoire de l'urbanisme en France, c'est-à-dire les utopies de ville sans voitures et puis le fait qu'on revienne à la périurbanisation, et puis le fait qu'on essaye de combiner voitures et espace piéton... Tout ça est quand-même assez intéressant. Et puis sans oublier que, prenant souvent le train pour Paris, la gare de Val-de-Reuil est devenue presque emblématique. C'est amusant parce, moi, quand je l'ai pris les premières fois, on s'attendait à ce que Val-de-Reuil arrive jusqu'à la gare, et puis évidemment elle n'est jamais arrivée. Et puis maintenant on est en zone inondable, donc c'est aussi un paradoxe assez joli de se dire que cette ville qui était prévue pour être un relais , finalement est aujourd'hui en partie non constructible... Tout ça, ça dit aussi des choses de l'histoire de l'urbanisme : évidemment on ne s'intéressait à ces questions d'inondation dans les années 1970 comme on s'y intéresse après les années 2000. On parlait très longtemps de l'urbanisme en détails de Val-de-Reuil... mais c'est un vrai cas d'école et puis c'est joli les utopies...Je pense que c'est très difficile de lutter contre l'Histoire : quand on parle d'urbanisme, il y a des processus historiques longs et indéniables sur les politiques de la ville sur le desserrement de l'agglomération parisienne, Tout ça c'est très difficile : les urbanistes ne peuvent pas aller contre les grandes évolutions sociétales, par contre ils essayent de s'adapter, donc Val-de-Reuil c'était une tentative à un moment donné de s'adapter à ce qui aurait pu être un grand desserrement parisien. Et puis il en reste quand-même aujourd'hui beaucoup de choses : des grands équipements, des emplois, puis une vie culturelle forte. C'était ce mélange là qui m'a marqué beaucoup, et puis c'est vrai qu'aujourd'hui ce qui est intéressant c'est quand même de voir cette transition, même si l'industrie reste encore présente (évidemment on a encore des usines), mais c'est vrai qu'elle est moins présente qu'elle ne l'était, et donc comment on passe par des transitions, notamment des constructions de grandes métropoles autour notamment de la vallée de l'Andelle. Comment cette zone finalement se tourne je ne dirais pas de plus en plus vers Rouen mais en tous les cas doit réfléchir (ou réfléchit déjà d'ailleurs, depuis bien longtemps) à quelque chose qui soit global avec la grande agglomération rouennaise. C'est quand même un des grands éléments des trente ou quarante dernières années, c'est que finalement ces métropoles se sont étalées démographiquement ou d'un point de vue de l'habitat mais aussi d'un point de vue politique avec une gestion des déplacements, etc. C'est vrai que pendant très longtemps en tant que géographe j'ai milité pour que pas forcément les périmètres politiques c'est autre chose, mais en tout cas que les périmètres d'étude soient des périmètres d'étude qui intègrent l'agglomération de Rouen au sens le plus global possible, et donc Seine-Eure fait partie forcément, à ce niveau-là, du périmètre d'étude de l'agglomération de Rouen parce que, en termes de déplacements, en termes d'usage des équipements, etc., elle participe à cette agglomération. On est très très proche du sud de Rouen, donc il est difficile de se dire quand on est à Louviers ou Pont-de-l'Arche, on est à 10 minutes de Oissel ou de Saint-Etienne ou du Zénith ou du parc expo, donc forcément c'est difficile d'établir une frontière comme si on avait deux agglomérations séparées En tant que géographe, longtemps on a essayé de militer pour que, au-delà des périmètres politiques qui sont les périmètres légitimes des élus, et donc de la démocratie, les périmètres d'étude, de réflexion, etc, soient des périmètres élargis C'est loin d'être évident.

[19:30]
Ecrire sur Seine

C'est vrai que l'Agglomération Seine-Eure ce n'est pas une agglomération que j'ai beaucoup mise dans mes romans, sans doute parce que j'en étais trop proche et que du coup je ne voyais pas forcément ça comme un territoire très exotique et que j'ai plus parlé de Giverny, j'ai plus parlé d'Etretat, de Rouen... que de cet endroit où j'étais né. Néanmoins, j'en parle, par exemple dans Un avion sans elle, quand Marc, mon héros, prend le train de Paris à Dieppe, il passe par Val-de-Reuil et je dois dire quelques lignes de la traversée de Val-de-Reuil, etc. Dans N'oublier jamais aussi, il y a tout un chapitre sur Louviers donc on n'est quand-même pas très loin et on parle aussi des communes au-dessus de Louviers dans le Roumois donc on est aux portes de Seine-Eure. Et puis dans le dernier évidemment, J'ai dû rêver trop fort, où mon héroïne habite Porte-Joie, donc là on est au cœur du territoire et j'ai vraiment choisi ce lieu, non seulement pour le nom "Porte-Joie", mais aussi pour la Seine, c'est-à-dire que j'avais envie qu'il y ait cette dimension reposante de la Seine. Mon héroïne voyage beaucoup, c'est un roman un peu sur le temps qui passe, plus ou moins rapidement, et donc la Seine rappelait souvent cette idée du temps lent qui passe avec ses méandres, dont la plupart des gens... enfin, si on demande à un enfant, il ne va pas savoir comment s'est formé le méandre... Il y a quand-même cette idée du fleuve qui a fini de s'agiter, et qui maintenant prend son temps pour traverser, et puis ces îles qui ont été ciselées il y a longtemps mais qui maintenant ne bougeront plus. Il y a cette idée de paysage un peu immuable, tranquille, qui renvoie aussi aux oiseaux et à cette dimension, donc je crois que c'est comme ça que je vois un petit peu la Seine : c'est un paysage reposant, même si évidemment on a aussi des territoires qui sont des territoires très industriels encore en bord de Seine. Mais pour toute cette partie Poses, Andé, Porte-Joie, etc., c'est évidemment cette impression un peu majestueuse et calme qui domine et c'est ça que j'avais voulu représenter dans mon roman. Et c'est vrai qu'à ce moment-là la Seine, et ses méandres, et ses îles, et ce cadre qui reste plus naturel qu'à d'autres endroits de la Seine, prend peut-être cette tonalité un petit peu plus "nature", jusqu'aux écluses de Poses, que dans sa partie aval, où là évidemment on est dans une partie qui devient plus maritime et donc on est tout de suite sur l'agglomération d'Elbeuf, l'agglomération de Rouen, puis sur le port maritime de Rouen, qui va jusqu'au Havre. Et donc là on est sur une partie fluviale qui a une autre histoire qui est une histoire où vont se confronter à la fois les grandes entreprises et la navigation maritime. C'est vrai que pour le coup je pense que les écluses de Poses marquent deux territoires en quelque sorte, et notamment le territoire d'une Seine fluviale, qui a ce caractère plus naturel, un caractère de villégiature un peu différent. Moi j'ai vraiment ces deux faces de la Seine : c'est-à-dire qu'il y a la Seine que je vois quand je suis à Rouen, etc., c'est vraiment cette Seine de la rive gauche, industrielle... [23:09] Ce qui est très intéressant dans la Seine, quand on est géographe, c'est de voir son cours. C'est-à-dire que quand vous êtes avec des étudiants, ou même des gens, ils ont beaucoup de mal à se figurer où est la Seine. Quand je faisais dessiner à des étudiants des cartes mentales de la Seine, ils la représentent toujours comme une barrière, comme si elle était droite entre la rive gauche et la rive droite. Ils ont beaucoup de mal à formuler tous les méandres, le fait que le méandre notamment d'Elbeuf, qui passe à Pont-de-l'Arche comme pratiquement une épingle à cheveux, et donc on franchit la Seine : quand on prend l'autoroute par exemple on franchit la Seine une première fois, puis on la refranchit après et on se dit "mais, c'est bizarre, on ne l'a pas déjà passée une fois ?" Eh oui, parce que effectivement cette représentation mentale des méandres, si on ne l'a pas en carte, on a beaucoup de mal à s'imaginer quel est le parcours exact de la Seine. Ça forme le relief, mais on a deux représentations : la représentation en trois dimensions quand on y vit, et la représentation à plat quand on surplombe ça, et les territoires se construisent autour de la Seine et par exemple l'Agglomération Seine-Eure, comme son nom l'indique, se construit très clairement dans cet espace particulier, plus ou moins coincé entre un fleuve et son affluent. Donc ça donne cet espace un peu particulier et un tout petit peu moins industriel en tout cas dans sa partie Porte-Joie... [24:41] Oui c'est vrai que la Seine elle est très présente par contre dans mes autres romans et pas forcément sur la partie Seine-Eure. Dans Code Lupin, bien entendu où Lupin utilise souvent la Seine, de Tancarville à Jumièges, à Caudebec... d' une part ; et puis dans Mourir sur Seine qui est quand-même un roman qui parle de l'Armada et donc qui évidemment voit à peu près tous les mystères de la Seine et son histoire de la navigation, interrogés. Et donc oui, la Seine à pour le coup a servi de cadre à mes romans, mais c'est vrai que c'est davantage la Seine entre Rouen et son estuaire que la partie entre Paris et Rouen. Mais peut-être que ça viendra, c'est vrai que je n'ai pas exploité le Château-Gaillard, je n'ai pas exploité la Côte des Deux-Amants réellement... Effectivement, je n'ai pas réellement exploité la part de légende qui existe très fortement dans cette partie de la Seine. Et puis on pourrait évoquer Gaillon, les Templiers... il y a quand-même plein plein de choses ! Gaillon qui est cité dans le Da Vinci Code de multiples fois... Il y a aussi une belle source de mystère et d'inspiration possible dans cette Seine-là. Et puis il y a Nymphéas noirs avec Giverny où, même si on est plus sur le ru qui alimente l'étang aux nymphéas, néanmoins la Seine coule quand-même à Vernon et borne quasiment Giverny. Et puis dans mon roman il y a ce qu'on appelle l'île aux orties, c'est-à-dire cet espace où Monet allait peindre sur l'île avec son bateau sur lequel il avait ses chevalets, etc. et qui a disparu aujourd'hui, mais j'en parle dans le roman et c'est une des scènes-clés du roman, en bord de Seine aussi. Mais là on est plutôt du côté de la communauté Portes-de-l'Eure, on tourne autour, on n'est pas très loin... Donc c'est pour dire qu'effectivement la Seine quand-même se retrouve dans nombre de mes romans, en tant que tel ou comme cadre d'autre chose comme la navigation, comme la peinture impressionniste, par exemple. [26:51] La Seine n'est pas un personnage, parce que ça serait faire de l'anthropogéomorphisme peut-être, mais non non pas comme un personnage parce que les personnages existent. Non, c'est comme un écrin, comme un cadre, comme un décor. Elle a son rôle, dans J'ai dû rêver trop fort notamment, la Seine n'est pas un personnage, mais par contre évidemment elle devient un miroir, puisque le roman commence pratiquement par la Seine et se termine par la Seine. Donc ça devient un miroir, mais comme chacun d'entre nous c'est-à-dire dans ces lieux où on est, ou dans ces lieux où on aime se ressourcer, où on aime penser, forcément les lieux nous renvoient à nous-même, à nos souvenirs. Donc là évidemment si je place mon héroïne dans une maison en bord de Seine, a priori c'est un lieu sujet à la méditation. Et puis dans les romans, on a cet avantage, par rapport à l'image, de pouvoir rentrer dans la tête des gens. Donc le fait d'utiliser des lieux, comme la Seine par exemple, permet à la fois de faire de longs monologues... tout en montrant quelque chose, alors que si j'en tirais un film on aurait juste quelqu'un qui regarderait l'eau couler et on devrait imaginer ce qui se passe dans la tête. Bon, dans le roman on peut se permettre de dire ce qui se passe dans la tête des personnages donc du coup le décor garde une part importante pour visualiser les choses, mais mais on a aussi un peu moins dans le sens où on comprend mieux le lien qu'il peut y avoir entre un décor par exemple et la psychologie du personnage à un moment donné. Tout ça joue ensemble. Mais en tout cas dans mes romans je ne pense pas que le décor doit devenir un personnage, sinon on fait autre chose, enfin ça devient quelque chose mais qui n'est plus au service de l'histoire.

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