Témoignage

Mme Sylviane BOUQUET
originaire de Pont-de-l'Arche, habitante de Pîtres

Vidéo

Afficher la vidéo en basse définition pour les connexions bas débit

Piste audio

Transcription

Cliquez ici pour afficher / masquer le texte

[00:12]
Je me présente je m'appelle Sylviane BOUQUET, mais bon pour les Archépontains je suis Sylviane Morel, la fille à Serge Morel. Ça situe tout de suite le personnage... Je suis très attachée à Pont-de-l'Arche puisque j'y suis née. Quand j'étais jeune je ne m'intéressais pas forcément à ce qui était mon quotidien et c'est plus tard que j'ai quand-même voulu m'intéresser à tous les points principaux de la ville, c'est-à-dire les remparts, l'église et tout ça. Et je m'y suis beaucoup intéressée et ça continue d'ailleurs. Toute ma jeunesse s'est passée ici et on me connaît bien puisque j'ai été blessée pendant la guerre. Mais ça c'est quelque chose qui a marqué : j'avais deux ans, c'est quelque chose qui a marqué les Archépontains. J'ai été longtemps longtemps la petite fille du pays. C'est pourquoi j'y suis très attachée. Je connais presque tous les endroits de Pont-de-l'Arche qui me rappellent plein de souvenirs, bons ou mauvais. Mais dans l'ensemble pour moi, c'est ma sécurité d'être ici, curieusement... J'ai quitté Pont-de-l'Arche pour Pîtres quand je me suis mariée (on s'est marié ici mais j'ai quitté aussitôt). Et puis voilà, j'ai travaillé (j'ai élevé mes enfants d'abord, ensuite j'ai travaillé) mais j'ai quand-même quelques souvenirs que j'aime de temps en temps retrouver. Je fouille un petit peu et je retrouve.

[01:56]
1940 : blessure et exode

En 1940, comme la plupart des gens nous avons évacué sur les routes. On partait, on fuyait l'ennemi on ne savait pas trop où on partait d'ailleurs, mais on fuyait l'ennemi. On manquait comme tout le monde de nourriture et de sécurité surtout. Et un jour qu'on s'est arrêté dans la ville de Sées pour manger dans un centre d'accueil, et là nous avons été bombardés et la plupart de mon entourage ont été tués, blessés... dont ma grand-mère. On a donc été évacué, j'ai été opérée dans un camion militaire, séparée de ma mère qui ne m'a retrouvée qu'une semaine après, par l’intermédiaire d'une personne qui était chargée de regrouper les familles qui étaient dans notre cas. Je suis partie sur Rennes où on m'a opérée, et ensuite transférée à Paris où je suis restée hospitalisé un mois. Mon père était prisonnier, il faut que je le précise. Il avait perdu sa mère et moi blessée, donc ma mère a fait tout un tas de démarches pour le faire rapatrier (puisque ils étaient partis pour cinq ans et au bout de trois ans il est rentré). Après il y a eu toute cette période jusqu'en 1945 où ça a été très compliqué.

[03:42]
L'enfance à Pont-de-l'Arche après la guerre

Petite anecdote : à l'époque nous vivions, par sécurité, du côté de la route de Tostes, et quand les Canadiens sont arrivés mes parents, fous de joie, sont partis. Mais ils m'avaient oubliée dans la cave ! Donc je les ai rejoints, et je me souviens très bien il y a un Canadien qui m'a prise dans ses bras et qui m'a dit "Ah ! Tu vas êt' cotente à c't'heu !", puisque les Canadiens ont un parler un peu particulier. Mais ce "Tu vas êt' cotente à c't'heu !" ça, ça m'est resté... A l'époque bien entendu, comme j'étais appareillée du fait de cette jambe qui était abîmée, il fallait qu'on aille souvent sur Rouen. Et sur Rouen à l'époque, c'était le car, ou c'était le train... et il fallait donc traverser la Seine, et il y avait ce fameux pont de bois qui m'a toujours fait peur parce qu'il y avait le passage pour les voitures et le passage piéton était en dessous. Et moi j'étais en poussette, donc j'étais encore plus près de l'eau, et ça m'a marquée parce que j'avais très peur. Ça c'était notre quotidien avec le lot de tous les gens de l'époque, avec leurs difficultés d'approvisionnement, de transport... Et puis j'ai fait ma scolarité dans une école privée, l'école Saint-Charles de Pont-de-l'Arche, là aussi où j'étais un petit peu la petite protégée. Après ma vie s'est déroulée avec beaucoup de difficultés bien sûr mais j'ai eu la chance d'voir autour de moi des gens qui m'ont vraiment aimée, soutenue, aidée et me donnaient confiance en moi parce que ce n'était pas évident de traîner un handicap comme ça. Au départ bon ça allait à peu près mais à l'âge de l'adolescence c'était quand-même compliqué.

[05:32]
L'ancien lavoir de Pont-de-l'Arche

Une chose qui me tient aussi particulièrement à cœur : quand j'étais ado, il existait à Pont-de-l'Arche ce que l'on appelait le lavoir. Un lavoir sur une un petit promontoire c'est assez curieux. Et on s'est posé la question, beaucoup de personnes disaient ce n'est pas possible, il fallait bien qu'il soit alimenté par quelque chose (il était dans le bas de la rue des Carrières, sur une petite montée juste derrière la tour de Crosne). Et moi, étant ado, enfant surtout, on y allait pique-niquer, on allait jouer avec les amis... Et en réfléchissant bien, on pense qu'il était alimenté le puits artésien. Par forage, et ce sont des moines qui avaient trouvé ce procédé pour alimenter certaines choses qui n'étaient pas forcément naturelles. enfin, c'est naturel si on veut, mais il y a quand-même un forage. Il a dû être détruit en 1960. Je pense construit en 1929-1930, et démoli en 1960. Pour quelle raison, je ne sais pas. Est-ce que c'est par sécurité...

[06:46]
Les inondations

J'ai commencé à travailler pour une entreprise qui était une société qui était aux Damps et qui s'appelait la SAFEF à l'époque. C'était une entreprise qui venait d'Allemagne et qui approvisionnait l'usine SICA à l'époque. Et j'ai commencé à travailler dans cette société, avec une personne qui m'a aussi beaucoup beaucoup aidée. A l'époque, il fallait bien sûr emprunter les bords de l'Eure pour gagner, c'était à la Pomme en fait. Et il m'est arrivé bien souvent d'être obligée de faire des grands tours (parce que j'étais en vélo quand-même) parce que c'était inondé, et c'était inondé pour relativement longtemps.

[07:34]
Pîtres

Quand je me suis mariée on a habité deux ans Pont-de-l'Arche, et puis on était en quête de logement, on n'a rien trouvé de bien intéressant, et l'usine Manoir Industries où travaille mon mari avait donc fait construire des lotissements pour les ouvriers en accession à la propriété. Donc ne trouvant rien sur Pont-de-l'Arche, nous sommes partis, tout en sachant très bien que je ne m'y plaisais pas, nous sommes partis sur Pîtres, où nous sommes depuis 60 ans.

[08:08]
Des recueils de souvenirs et d'Histoire de Pont-de-l'Arche

En dehors de cette anecdote du pont, à l'époque, fillette, on ne s'intéressait pas trop à tout ça... Ça faisait partie du quotidien donc c'était normal. Et puis bon, j'étais surtout, je dois le reconnaître maintenant, un petit peu obnubilée par mon problème, ma façon de m'en sortir, ma façon de l'accepter et tout ça... C'est plus tard que l'on réalise qu'il y a quand-même des choses qu'il faut peut-être faire resurgir, développer un petit peu, et puis pourquoi pas en faire profiter mon entourage. Les enfants je ne suis pas sûre, enfin si, je pense qu'ils sont quand-même attachés, c'est pour ça que j'ai fait tous ces recueils, pour leur laisser quelque chose, et qui je pense les intéressera plus tard, quand je serai partie. J'ai dû en faire une dizaine quand-même, avec photos à l'appui. C'est de la mémoire sur la commune. J'ai eu la chance de travailler Pour M. Saillot, qui était conseiller général à l'époque, donc j'ai eu accès à pas mal de documents, dont je pouvais disposer, et je mettais toujours de côté en me disant je mettrai de l'ordre dans tout ça quand j'aurai le temps. Et quand j'ai arrêté mon activité j'ai repris par thèmes : les remparts, l'église, le pont... Hyacinthe Langlois, d'ailleurs qui, je trouve, n'est pas mis assez en valeur en fait. Parce que c'était quand-même quelqu'un sur Pont-de-l'Arche qui avait une certaine notoriété qui demeure encore. Et puis comme la boulangerie a toujours son effigie, il y a beaucoup de touristes qui souvent vont poser la question au boulanger "mais qui était Hyacinthe Langlois ?" Et j'ai souvent pensé que ce serait bien d'avoir une toute petite brochure expliquant les grandes lignes de sa vie. [10:19]  Le pont de bois dont je vous parlais tout à l'heure, le voilà en images : avec la partie pour les voitures et la partie piéton. Les travaux qui ont été effectués sur les différents ponts, puisqu'il fallait que le pont soit détruit. Donc ça a créé beaucoup de destructions alentour. C'est les Allemands en fait qui ont lancé le pont de bateaux, qui a été donc exécuté en 1940 et 1941. Et je vous confirme : "présentait l'originalité de superposer deux passages, l'un pour les véhicules, l'autre en dessous pour les piétons. Beaucoup d'entre nous l'ont vu et traversé. Sa construction avait nécessité la coupe de 500 pins dans la forêt de Bord et il fut mis hors d'usage par les bombardements alliés les 30 mai et 7 juin 1944, avant que Pont-de-l'Arche ne soit bombardé le 8 août"... Ici, c'est le pont en 1940 inauguré par les Allemands. Là, nous avons le fort de Limaie qui était de l'autre côté de la Seine, puisque le fort de Limaie était côté Igoville, et Pont-de-l'Arche s'est développé, qui donne la cité actuelle. Ça, c'est le pont aux moulins sur la Seine, les différents ponts... Ici, j'ai toute l'histoire des ponts de Pont-de-l'Arche : le premier qui était sur les ordres de Charles le Chauve. Il fut reconstruit au IXe siècle, à la suite du traité de Saint-Clair-sur-Epte. Détruit par Jean Sans-Terre en 1203. Remanié en 1204 par Philippe-Auguste... Alors ce sont des gravures que l'on retrouve un peu partout dans les archives de Pont-de-l'Arche. Alors le pont aux moulins, avec les différents noms. Ils avaient tous un nom à l'époque, les moulins : le moulin de Saint-Ouen, de Parmi, moulin aux Danois... ce qui donne cette gravure que je trouve superbe d'ailleurs. Alors cette photo, je pense que c'est une photo qui est assez rare. Je ne sais pas trop l'expliquer, parce qu'en fait, le barrage a dû sauter, je ne situe même pas l'année... La seule chose que je puisse vous signaler, c'est que, ici, pratiquement tous les membres de ma famille sont au pied de ce pont : l'oncle, le grand-père, la cousine... Ça, c'est un témoignage familial, une photo familiale. Mais je n'ai pas vraiment d'explications là-dessus...

Mots-clés et témoignages associés

En cliquant sur un mot-clé, vous lancez une recherche de celui-ci dans le recueil.

Communes
Igoville
Pîtres
Pont-de-l'Arche


Périodes
Haut Moyen Âge
XIe-XVe siècles
Seconde Guerre mondiale
Années 1950
Années 1960
Années 1970
1980 à nos jours


Thématiques
Crues, inondations
Guerre
Histoire
Ouvrages d'art
Vie quotidienne


Voir aussi
Témoignage de Mme Marie-Claude LAURET, habitante de Pont-de-l'Arche

Témoignage de Mme Jacqueline NALET, habitante de Pont-de-l'Arche

Retour  en haut