Témoignage

M. Gilbert CIRETTE
ancien responsable chez Morillon Corvol

M. Guy GRENIER
employé chez Cemex Granulats

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[00:20]
GC Je suis Monsieur CIRETTE Gilbert, je suis un ancien responsable de chez Morillon Corvol. Ça fait déjà 22 ans que je suis parti en vacances... plutôt en retraite. 22 ans, oui, déjà. Le temps passe vite. Et j'ai fait 25 ans de loyaux services chez Morillon Corvol. Et je faisais partie du service marine.

[00:54]
GG Je m'appelle Guy GRENIER, je travaille à Cemex Granulats. J'ai travaillé pendant 20 ans au service de la navigation, et après j'ai été affecté à un autre service de la carrière : je suis préposé aux ponts bascule. Et pendant 20 ans on a servi à rentrer et sortir les barges de granulats et à remblayer les fouilles qu'on a faites.

[01:12]
Le bassin d'aviron

GG Le bassin d'aviron derrière moi a été exploité par la société Morillon Corvol pour extraire les granulats, et après a été remblayé avec la démolition de Paris.
GC Des gravats...
GG Tout ce qui est démolition des maisons, tout ça
GC des quais
GG des quais, toutes les maisons démolies étaient passé par là. Donc était trié sur Paris, parce que des matériaux qu'on ne peut pas mettre. Et après c'est arrivé ici.
GC On a même eu tous les égouts de Paris.
GG Il y avait pas mal de trucs qui étaient nocifs, mais bon après ça c'est largement amélioré parce qu'on est rentré dans la législation. Et par la suite, il y a un bassin d'aviron qui a été tracé pour les Jeux Olympiques de 2024, pour faire les essais à différents pays.
GC Au début, quand on arrivait ici, ici il y avait une digue qui allait jusqu'à l'autre côté. Parce que l'installation à cette époque-là était de l'autre côté. Il y a trente ans.
GG Là, il y avait une route qui traversait de part en part et qui ressortait de l'autre côté à proximité de la gare du Val-de-Reuil. La route a été coupée, exploitée et remblayée par la suite.

[02:29]
La nouvelle installation

GC Je voudrais vous parler un peu de la nouvelle installation qui a été faite. Ça ça a été un objet vraiment de valeur. Parce que moi, qui ne suis pas trop électronique et tout ça, je me disais ça ne marchera jamais parce que avec l'humidité, la flotte qu'on a ici... Mais tout ce qui est informatique, c'est dans les coffres, et les coffres étaient chauffés. Nous on avait le droit de se les cailler mais... GG Oui c'est vrai, c'est un peu ça c'est vrai...
GC On avait une cabane par exemple de chargement, bon c'est après qu'on a réussi à avoir un chauffage électrique mais autrement nous ça faisait rien qu'on soit gelés. Ça faisait rien
GG C'était des poêles à fuel.
GC du moment que l'installation marchait bien... Et tout était électronique, c'est-à-dire que, à l'arrière, on avait des tapis qui devaient faire jusqu'à 2 km / 2 km 500 je crois, pour ramener les granulats, et si par exemple il y avait seulement un morceau de ferraille qui se trouvait sur le tapis, ça sonnait à la cabine, tout s'arrêtait et le gars il savait exactement où trouver le morceau de ferraille. C'est vrai que ça a été une installation vraiment moderne et qui a toujours bien fonctionné...
[04:09] GG Vous voyez en face de vous ce qu'on a dit précédemment, donc l'installation avec un tapis transporteur qui pouvait charger 1000 tonnes/heure. Donc là vous avez une barge de 2500 tonnes qui est à port, qui sera certainement mise avec le deuxième ou la troisième qui est à côté, là à droite, et qui va partir sur la région parisienne pour ravitailler les centrales à béton. Et à l'autre extrémité, vous avez une grue montée sur un quai, où ils sont en train de charger du tout-venant, ou du remblais, en provenance soit de la région parisienne ou d'un autre domaine, pour qu'on puisse exploiter une nouvelle carrière. Le reste : les ducs-d'Albe, ce sont des ducs-d’Albe qui ont été plantés lors de l'installation (ce qu'on appelle des ducs-d'Albe, c'est les pieux que vous voyez plantés ici, qui sont fichés à 5-6 m en terre et qui sont immergés de 3-4 m), et qui servent à manipuler les barges pendant l'évolution du chargement. La cabine que vous voyez sur le poste de chargement, c'est commandé par électronique : vous avez un ordinateur avec un programmateur dessus pour programmer le type de matériau et la quantité nécessaire pour charger les bateaux. [05:13] Donc en fin de compte la carrière a remplacé les dragues qu'on avait à une époque, dans la mesure où maintenant on fait les extractions soit en pleine eau, avec des draguines (ce qu'on appelle des draguines c'est des grosses dragues avec des grands câbles pour qu'on puisse aller draguer jusqu'à 6-7 m) et on extrait la marchandise qui est repassée dans l'installation pour mettre du produit fini. Et dans certains cas comme ici on a remblayé, mais à la base nautique de Poses, par contre, c'est une ancienne carrière qui a été laissée comme ça pour pouvoir faire une base nautique de loisirs. Il y a certains endroits comme là, le bassin d'aviron normalement au début il aurait dû être remblayé, mais après avec les élus locaux ils ont vu qu'on pouvait faire quelque chose avec, donc on a fait le bassin d'aviron. On a laissé une partie d'eau.
GC Il était temps, parce qu'on avait remblayé trop large, parce que personne ne nous disait rien : on nous disait bon bah vous avez un point de mire là , là , là, et on remblayait selon... Mais manque de chance : c'était trop large.
GG Oui, on avait fait trop large. on a été obligé de reprendre la marchandise qu'on avait laissé.
GC Quand ils ont repris la marchandise, on a failli se battre hein... On travaillait avec une autre société (je ne dirai pas le nom, pour moi c'était des c*****). Et à chaque fois qu'on se rencontrait...
GG Et le pont là où on est, le pont n'est pas d'origine. Les barrières sont d'origine (les barrières, les trottoirs et tout). Ce pont-là, il faisait 6 m / 6 m 15. Je ne me rappelle plus en quelle année,
GC Moi j'étais parti
GG On l'a réélargi à 12 m pour qu'on puisse rentrer les barges industrielles que vous voyez là : ils étaient chargés en remblais, ils passaient sous le pont et ils allaient se mettre sous la grue pour remblayer les trous qu'on avait refaits.
GC Mais ça a duré combien de temps ça ? Ils l'ont fait un peu tard, non ?
GG Ah oui, ils l'ont fait un peu tard.
GC Ils l'auraient fait au départ...
GG Donc c'était pris en partenariat avec Lafarge, puisque Lafarge aussi avait une carrière d'extraction un peu plus loin, donc ça leur permettait de rentrer des bateaux aussi eux, de plus grande largeur. C'était un truc assez intéressant à faire.
GC Ah oui c'était plus intéressant, même, de faire des gravats avec les grosses barges.
GG Ah oui, on gagnait beaucoup plus d'argent (enfin la société).
GC Et puis même, pour la grue, les barges toutes les heures, une heure et quart, il fallait que le pousseur soit là avec une autre barge prête pour la passer en-dessous. Pour pas qu'ils perdent de temps, perce qu'il fallait vider trois barges et demie par jour. Seulement trois barges et demie par jour, les gars ils commençaient le matin à 6h (un petit 6h) et le soir ils finissaient à 19h30. Alors quand on nous mettait en quarts, on commençait une équipe à 5h, arrêtait à 13h, les autres arrivaient et reprenaient à 13h jusqu'à 22h. Mais on ne vidait pas beaucoup plus de barges.
GG proportionnellement non..
GC puisqu'on ne faisait que seize heures, alors que d'habitude, de 6h jusqu'à 19h ou 20h... Alors le gars il dit "Je comprends pas : vous travaillez en quarts et..." Je lui dis "C'est pas dur : t'as qu'à compter les heures, tu vas voir".
GG Tu vas calculer qu'il n'y a pas grand écart, c'est vrai.
GC Et puis, il y avait des grutiers qui étaient moins habitués que d'autres : ils perdaient plus de temps. Je l'ai fait, grutier : je sais bien comment ça fait. Au début, vous ne mettez pas le même temps que les autres. Et on fait un peu plus de casse aussi... Parce qu'il y avait une benne, là-dessus, c'était énorme. Si jamais vous touchiez un peu quelque chose, hein, ça se voyait tout de suite. Et pour finir après, il faut les descendre ce qu'on appelait un Bobcat, un petit engin qu'on descendait dans la grue pour nettoyer.
GG C'est un mini bulldozer.
GC Il fallait accrocher ça après la benne, descendre le truc en bas. Eh attention, c'était quand-même un boulot dangereux.
GG Oui bien sûr. Puis le gars il nettoyait le fond de la cale avec un Bobcat.

[09:40]
Le transport des granulats

GC Les barges arrivaient vides ou chargées ça dépendait, et après on les mettait ici à l'installation. Une installation qui pouvait charger jusqu'à 1000 tonnes - 1200 tonnes.C'était nouveau, mais ça marchait très bien. On mettait une bonne heure - une heure et quart pour charger une barge. Après, cette barge-là avec nos pousseurs on la sortait à l'extérieur, c'est-à-dire en bord de Seine. Là-bas il y a des ducs-d'Albe qui sont battus et qu'on pouvait accrocher nos barges après. Et on faisait un convoi de 4000 tonnes - 4500 tonnes, qu'on préparait pour le pousseur qui allait arriver de Paris. Lui il nous laissait soit des barges chargées en gravats ou des barges vides, ça dépendait. Et il repartait avec le convoi qu'on lui avait préparé. Bon qu'est-ce que je pourrais vous dire d'autre ?
GG Les granulats servaient à la construction des bâtiments de la région parisienne.
GC Oui, à cette époque-là, ils pouvaient les vider dans Paris, maintenant ça n'existe parce qu'on n'a plus le droit d'ouvrir de chantiers dans Paris, ça gênait les gens, ce qui est un peu normal.
GG Mais c'est vrai que tout ce qui était granulats était vachement important dans la région parisienne. Même ce qu'on appelle les pousseurs de ligne, les gros pousseurs qui font Paris et la Normandie pour récupérer les granulats, ont énormément évolué. Maintenant ils ont des cabines insonorisées, ils ont du matériel, pour le personnel c'est q-même beaucoup plus agréable de travailler dans les conditions de maintenant qu'il y a vingt ans. Ils ont du matériel adéquat, parce qu'avant c'était quand-même assez drastique.
GC Ah bah c'était ouais c'était vraiment le chantier. Si on avait du chauffage, c'était nous qui fallait qui se débrouillons. Ça allait, on pouvait même casser la croûte... C'était l'ancienne époque.
GG L'ancienne époque, et certainement même mieux.
GC Oui, parce que tout le monde était groupé [soudé], personne ne s'en voulait, on avait une équipe qui marchait bien. Ça y fait beaucoup. Quand vous avez des gens qu'on peut compter dessus, ça c'est tout l'or du monde.
GG Les petits pousseurs de manœuvre, il y en a certains qui n'avaient pas de chauffage. Vous imaginez quand il gelait à -15°C, -16°C. Et les étangs étaient pris par la glace, on cassait avec un brise-glace.
GC Mais le brise-glace, vous l'avez tellement bien cassé qu'il a coulé aussi !
GG Il a coulé. Il a percé par l'épaisseur de la glace. Parce qu'en fin de compte, on cassait la glace tous les jours pour se créer un chenal d'accès. Mais la glace remontait sur celle qui était déjà, le lendemain c'était glacé, on en avait quand-même 15-20 cm. On montait debout sur la glace à côté des pousseurs. C'était affolant.
GC Puis ça servait à rien. Les engins ils ne marchaient plus parce que le gasoil gelait. On aurait cru de la confiture de groseilles. Maintenant on a le gasoil raffiné, même les voitures il gelait. Celui qui était au gasoil, il tombait en panne sur la route. On a eu un sacré hiver. Mais c'était toujours à cette époque-là qu'on avait des gros travaux à faire. Le printemps arrivait, ça commençait à se calmer les gros travaux. Juillet et août n'en parlons pas c'était les vacances, septembre ça allait... Octobre, novembre, décembre, alors là on avait tout à faire. Et toujours au-dessus de l'eau, hein, avec un froid de canard.
GGOui, et sans compter les chutes à l'eau...
GC Enfin, on n'est pas morts.
GG Moi je suis tombé à l'eau. Je suis passé sous un ponton, c'était un 1er janvier je crois, j'ai été aspiré par le courant c'était en Seine. J'ai fait la longueur du ponton : 28 m sous l'eau. Et donc c'est quelqu'un qui m'a... J'ai levé la main, j'ai vu un espèce de triangle de lumière c'était le passage, j'ai levé la main et quelqu'un m'a... Donc c'est vrai que c'était un travail assez dangereux.
GC On a été longtemps à l'appeler Moïse, sauvé des eaux...
GG On un collègue qui avait tombé à l'eau mais il avait eu beaucoup d'humour. C'était Nono. Lui, à chaque fois il y avait droit, il tombait à l'eau trois au quatre fois par an. On n'expliquait pas, il fallait qui tombe à l'eau à chaque fois.
GC Si vous voulez pour un exemple : il était dans une barque, il s'approche de la digue, et au lieu d'amarrer la barque pour dire que ça tienne, non ! Il avait son pied dans la barque et l'autre pied à terre. Mais la barque, elle s'écartait, et il était là "Ah ! Je vais..." Je lui dis "Ah bah tu vas tomber hein c'est sûr". Oui mais des exemples comme ça...
GG C'était la vie à bord.
GC C'était la crise de rire. [15:30] Un pousseur qui partait d'ici, disons midi, il pouvait être à Paris le surlendemain le matin. Parce qu'il marchait jour et nuit. Et pour faire avalant c'est pareil : en temps normal c'est-à-dire comme l'eau est là maintenant, il y a pas de courant ni rien du tout, il devait mettre à peu près le même temps, parce que, à vide ou chargé... Et puis tout dépend des attentes aux écluses. Si vous êtes avalant et que les écluses sont pour les montants, là vous perdez vite 1h-1h30. Autrement, les gars ils ne s'arrêtaient pas.
GG En temps de crue par contre, on gagnait énormément de temps.
GC Pour descendre, ils gagnaient beaucoup, mais quand ils remontaient ils perdaient beaucoup plus qu'ils gagnaient avalant. Sur le nombre d'heures, après pour remonter... Surtout à cette époque-là ils n'avaient pas beaucoup de chevaux. Ils n'avaient que 800 chevaux je crois.
GG Maintenant ils ont 1800. Il faut de la puissance pour pouvoir travailler correctement.
GC Ou alors ils ne remontaient qu'avec la moitié du convoi, c'est une perte perdue pour rien, tout ça parce qu'on n'avait pas assez de mécanique.
GG Ouais puis en plus on avait des temps à respecter pour ravitailler les centrale à béton. On ne devait pas laisser les centrales à béton sans matériaux.
GC Par contre je peux le dire, on affrétait parfois des artisan, pour justement boucher les trous
GG pour pallier
GC c'est-à-dire s'il fallait qu'il soit pour charger ici le vendredi soir, il fallait qu'il soit à Paris le dimanche pour vider le lundi. C'était à lui, il avait intérêt d'être équipé d'un radar, parce que s'il y avait du brouillard...
GG Les artisans, l'avantage (enfin nous en société on est un peu réglementé au niveau des heurs), les artisans ont beaucoup plus de liberté. Dans la mesure où ils sont leurs propre patron, ils marchent jour et nuit.
GC Sur les pousseurs les gars ils travaillaient de nuit, mais ils débarquaient une semaine.
GG Les artisans, c'est leur propre bateau.Ils sont propriétaire de leur bateau, donc ils vont dans un centre d'affrètement ou alors généralement ils sont employés directement par Cemex à l'année. Et on les envoie à droite, à gauche sur différentes carrières. Et quand on a besoin d'avoir un apport de matériaux supplémentaire, on fait appel à ces gens-là. Avant si vous voulez c'était des bateaux 600 tonnes, maintenant on arrive ici avec des bateaux qui font 2000 tonnes, c'est des gros bateaux.
GC C'est-à-dire que pour nous, c'était un peu (on ne devrait pas dire le mot...) des bouche-trous... On l'affrétait parce qu'on en avait besoin. mais pour lui, le gars, c'était bien parce qu'il gagnait son argent. C'est normal.On faisait pour que ça aille bien pour eux.
[18:59] GG Tu te rappelles quand ils descendaient tous les convois à vide ? C'était dans les années...
GC En 1971 je suis arrivé
GG Toi ça commençait en 1977 les gravats ?
GC Oui.En 1971, il n'y avait que des barges vides.Moi d'ailleurs, je n'ai pas débuté à Poses, j'ai débuté à Bouafle. Bouafle, qui se trouve vers Gaillon.
GG C'est une autre carrière, qui appartenait à Cemex.
GC J'y ai été presque 9 mois, et après, tout ce qui est matériel bon au début, on draguait avec une drague, c'était un vrai cirque aussi, ça...
GG Une drague en fin de compte c'est une machine avec des godets, qu'on immerge, et ils ramènent les matériaux sur la drague. Et la drague si vous voulez, ça correspond à ça maintenant. C'est une installation flottante. Mais par contre ils mettaient énormément de temps à charger les bateaux. Une barge industrielle on met 4h30, eux ils mettaient pratiquement trois jours.
[20:00] GC Et énormément de flotte dans les barges.
GG Ah oui.
GC C'est comme ça qu'on a eu des barges qui ont...
GG oui parce qu'on a eu des barges aussi qui se sont retournées. Ça arrivait assez fréquemment.
GC Oui on avait l'habitude. Donc on était habitués à faire du relevage.
GG Oui, aussi.
GC On a appris des choses quand-même. On y a passé des nuits complètes.
GG On coulait bien une barge tous les 3-4 mois, à peu près.
GC Les barges à cette époque-là, quand je disais ça à mon chef il n'aimait pas trop mais je dis n'importe comment, vos barges elles sont pourries. Parce que... je vais vous dire pourquoi : les barges elles ont été faite après la guerre l'hiver avec de la ferraille d'après la guerre. C'est-à-dire la ferraille, elle était très aciérée. Et l'hiver quand il gelait, la ferraille, on aurait mis seulement un coup de marteau dedans, ça faisait une étoile.
GG Ça cassait comme du verre, ça faisait une étoile. Comme de la fonte un peu.
GC Alors forcément, le jour où on avait le malheur que c'est l'hiver, malheureusement on avait des vents de travers, on ne pouvait pas faire toujours ce qu'on voulait. Si peu qu'on le touchait, plaf. Alors si on n'y faisait pas attention, on la chargeait, et Madame... coulait. Voilà. On en a eu quelques une quand-même. quand je suis parti en retraite on m'a dit le nombre d'ailleurs. Mais je n'ai pas eu de prime par chaque...
GG Si les gens nous voyaient faire... Maintenant on n'a plus le droit de le faire ce qu'on faisait. Mais à l'époque on avait une technique : quand une barge coulait à l'époque on faisait venir une grue, puisqu'on avait une grue à câble, on vidait la barge de son contenu. Déjà on commençait par mettre des bouées pour localiser la cale, parce qu'elle était sous l'eau bien sûr, on la vidangeait dans une autre barge, ou des fois ailleurs, et après on mettait des barges vides (on a des bouts formés, ce qu'on appelle des formés c'est des barges avec des grandes voles devant, avec un gros caisson si vous voulez), et on les remplissait d'eau, les caissons (c'est des caissons étanches). En les remplissant d'eau, la barge se mettait comme ça. On la mettait à chaque bout de l'autre, on mettait des élingues et après on revidait l'eau. Donc on arrivait à la décoller du fond. Donc à partir du moment qu'on pompait les deux piques avant, donc les deux barges se relevaient, et permettaient de décoller la barge coulée du fond, et à partir du moment que les hiloires (c'est la partie haute de la barge) dépassaient de l'eau, on mettait des grosses pompes. Et là on arrivait à vider et quand on vidait la barge de l'eau, on remplissait les caissons et les caissons remontaient tout seuls.
GC Mais on y passait du temps.
GG Ah oui ça par contre on passait la nuit complète.
GC Et avant de passer les élingues en-dessous, on passait un petit câble tout en sciant comme ça pour voir s'il n'y avait rien qui empêchait de passer nos gros câbles. Alors si le petit câble passait, bon bah après les gros câbles... Mais bon ce n'était pas une petite sinécure.
GG Quand ça t'arrivait l'hiver c'était pire. [23:08] Sans faire de pub je peux vous parler aussi de tout ce qui est... Tous les pousseur de quoi ils sont équipés : de barrage antipollution à bord, de buvard absorbant et tout, contre les pollutions à l'hydrocarbure. C'est vrai que maintenant je pense que toutes les sociétés ont pris conscience de ce qu'il y avait et puis elles ont fait en sorte de faire ce qu'il fallait. C'est vrai qu'avant il y avait un peu de négligence mais je pense qu'il n'y avait pas l'impact qu'il y a maintenant. Tandis que maintenant je crois qu'il y a un peu plus d'impact donc les sociétés ont investi dans beaucoup de choses.
GC Oui, on pourrait dire que si les écolos, quand on a commencé, étaient passés, on aurait été arrêtés. Au début, on laissait les buttes monter monter monter... Des chiffons rouges, des machines à laver, tout, on voyait tout plein ciel. Alors qu'on aurait poussé au fur à mesure, tout allait dans l'eau... c'était beau. Après ils l'ont fait.
GG Après il y a des centre de tri qui se sont installés sur les ports de décharge à Paris. C'est à dire que sur toutes les décharges à Paris il y a un centre de tri. Donc on a des conteneurs où dedans il y a le métal qui est mis, tout ce qui est batteries, tout ce qui accessoires électroménager, c'est reparti dans les centres de tri adaptés, et nous on ne reçoit maintenant vraiment que ce qu'on appelle du remblais, de la terre. De la terre, des blocs de béton mais il y a plus de quelque chose de nocif à l'intérieur. Ça y est ça c'est fini. A une époque c'est vrai qu'il y a eu... C'est pas la seule société, je crois que c'était l'ensemble qui était comme ça. Mais il y a eu énormément d'amélioration de faite et maintenant c'est vrai que c'est vraiment nickel. Et on est équipé en plus, on a du matériel. Même dans les carrières maintenant, la moindre tâche d'huile ça y est "Alerte à Malibu", il faut mettre les barrages anti-pollution.
GC On aurait dû être mieux équipés
GG Bah je pense que c'était même pas histoire du personnel, je pense qu'il y avait la société elle-même qui était en cause parce qu'elle ne nous donnait pas les moyens de le faire.
GC On travaillait avec ce qu'on avait.
GG On est quand-même le deuxième groupe mondial en granulats.
GC C'est vrai, je vois toutes les primes que je reçois...

[25:35]
Toute ma carrière dans la carrière

GG Ce que j'ai aimé dans mon travail c'est surtout la navigation. C'est sûr. Maintenant que j'ai un autre poste, je suis préposé aux ponts bascule, c'était pas trop mon truc je préférais conduire le pousseur et des trucs beaucoup plus manuels. Donc faire toute ma carrière dans la carrière c'est un peu compliqué, mais maintenant je pense que dans 1 an - 1 an et demi je vais partir d'ici donc je serai un peu plus tranquille. Mais c'est vrai que je regrette beaucoup d'être parti de la navigation, c'est sûr. J'aimais ça, j'ai toujours été là-dessus.
GC Quand on travaillait ensemble on avait quand même des bons moments. On avait déjà le casse croûte. Même que les gars était dans la plaine en train de brûler le bois qu'ils ramassaient. On faisait ça je ne sais pas à quoi ça servait. Enfin ça réchauffait les gens. Et moi, vers 9h30 je me pointais avec ma voiture, ma 4L
GG Et il allait chercher tout le personnel.
GC J'allais récupérer le personnel, on cassait la croûte et voilà. Comme ça ça leur fait passer... on va pas dire une heure ça fait beaucoup... trois petits quarts d'heure.
GC Moi les gens vous pouvez leur demander de faire un effort, tout le monde était toujours disponible.
GG C'était beaucoup plus convivial.
GC C'est pour ça quand on travaille dans la bonne intelligence on a le résultat vrai. Moi je me rappelle quand on a démonté la grue, c'était un jour de fête il y avait 3 jours de fête que normalement on ne travaillait pas. Et ils se sont décidés à venir changer le moteur je ne sais pas quoi... un boulot monstre. Il me dit "Il faut que me trouves quatre gars ou cinq gars pour travailler les 3 jours". J'en ai pas dormi de la nuit : "Qui c'est le fou qui va vouloir faire ça ?". Enfin tant pis. Le lendemain, j'arrive : les gars ils se battaient presque pour venir travailler.
GG C'était pas la même ambiance. Il y avait les primes, tout ça...
GC Enfin je n'aurais jamais pensé... Après j'ai été obligé de faire un tri : pas mieux. Moi je n'en garde qu des bons souvenirs.
GG On se revoit, bon on habite le même village donc c'est intéressant. Mais quand on se revoit les gens rigolent parce qu'on raconte des choses qu'on a faites : les gens ne nous croient pas. Ce n'est pas possible, c'est impossible.
GC Et pourtant on l'a fait. On faisait aussi, on peut le dire, nos petites fêtes de Noël à la fin de l'année. Tous les gars, tout le monde était là même avec leur famille. Et ça durait toute la nuit. Mais il n'y avait pas les flics dehors.
GG Oui bon !
GC Avec l'aide de Morillon Corvol, on amenait une barge à voitures sur la fête de Poses, juste au-dessus du barrage, et dans cette machine on faisait restaurant. On mettait 400 couverts. Ça valait le coup. En plus Morillon nous prêtait un pousseur pour le samedi et le dimanche, que les gens pouvaient visiter. C'est vrai que Morillon a fait quand-même des belles choses. Un peu grâce à moi et mon chef parce qu'on était partis là-dessus, et on a fait les 24 heures de Rouen aussi. On avait été au bureau, c'était beaucoup de filles qui s'occupaient de ça. La directrice de ce truc là c'était une belle femme d'ailleurs (entre parenthèses hein, parce qu'on a des yeux pour voir c'est tout), bien organisée, une femme très gentille et tout. Vraiment ça marchait bien et dans un sens, on n'a que des bons souvenirs parce que faire tout ça c'est vrai que... On avait même descendu des barges chargées pour que les gars des bateaux puissent se mettre à bord pour débarquer ou pour mettre de l'essence. On avait des barges avec le sable. Oui, on avait loué une tente où le champagne coulait bien. C'était bien. On avait une boîte quand-même qui se prêtait quand-même aux autres choses. Il y avait quand-même du fric, hein. Bon la barge c'était Sogestrans. Ils en avaient toujours une qui était amarrée dans un coin, qui ne servait plus, donc ils nous la prêtaient.
[31:17] GG Travail d'antan ça. Ils étaient sur des élévateurs. Alors là je vais vous expliquer : ça c'est mon père, qui travaillait sur un élévateur, et ça c'est un de mes oncles.
GC Et c'était pas un gars de Poses, celui-là ?
GG Je ne me souviens plus son nom.
GC Lancelevée !
GG Lancelevée !
GC Haha ! Tu vois que j'ai une bonne mémoire.
GG Bon ça c'était vraiment les anciens, c'était dans les années 1950. C'est des vieilles photos que j'ai fait ressortir. Voyez un peu la tenue vestimentaire et le matériel qu'ils avaient, eux. C'était pas Byzance !
GC Ils travaillaient beaucoup avec des bouts de bois.
GG Oui et puis les conditions...
GC Et le gilet de sauvetage, il était où ?
GG Ah ouais, ça c'était avant.

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