Témoignage

M. Pierre CLEROUT
habitant et ancien maire de Saint-Pierre-du-Vauvray

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[00:12]
Bonjour je m'appelle Pierre CLEROUT, plus connu sous le nom de Pierrot, j'ai été maire de la commune pendant 12 ans, et 20 ans à la municipalité de Saint-Pierre.

[00:25]
Le pont

Ma fierté, c'est toujours de rappeler aux gens qui voient cette bâtisse là en béton, il y en a qui ne le trouvent pas beau...mais moi je le trouve beau, et en plus il a été record du monde en 1923, au moment de son inauguration. On a battu les Américains d'un mètre quand même pendant un an. Et nous, on était les premiers au monde à savoir faire un pont ogival. Les américains ne savaient faire que des ponts en demi-cercle, et nous on a su faire, on a été les premiers au monde à faire un pont ogival de 131 m je crois. Il y a eu des morts aussi à sa construction. Il y a eu un gros orage, une mini tornade à l'époque, et il y a quatorze ouvriers qui sont tombés des échafaudages, il y a eu douze ou treize morts je crois. Il a été inauguré en 1923 par le Président de la République Monsieur Millerand. Il a été détruit en 1940 pour empêcher les Allemands de traverser la Seine, mais là ça fait rire un peu quoi... puisqu'ils pouvaient traverser comme ils voulaient, même le pont sauté. Donc ça avait réouvert le bac un petit peu plus loin. Et il a été reconstruit en 1946-1947, inauguré par Vincent Auriol et Pierre Mendès-France, qui était député à l'époque.

[01:40]
Les inondations

De mémoire, moi, ce que je me rappelle étant enfant, on se promenait le dimanche, c'était les inondations de 1955. Où la crue avait été très haute à l'époque, puisque c'était la crue la plus haute après les inondations de 1910, dont la marque de la crue est sur la Maison du Passeur à 50 mètres d'ici. La Maison du Passeur, c'était là où, dans le temps où les chalands étaient tirés par des chevaux qui partaient de Poses, qui remontaient la Seine jusqu'à Vernon, tout ça, et la Maison du Passeur, c'est les chevaux qui étaient fatigués restaient ici à l'écurie et remplacés par d'autres chevaux. C'est-à-dire, dans ma maison, si la crue de 1910 revenait, j'aurais 8  cm d'eau dans la maison aujourd'hui. Ensuite, moi, j'ai connu les crues quand j'ai acheté ma propriété route de Porte-Joie en 1970, où c'était une crue très importante, du fait que moi, j'ai été obligé de faire du canoë dans ma cour. J'avais 60 cm d'eau dans ma cour à l'époque. [02:47] Les photos que je vous présente là, c'est moi étant plus jeune déjà... C'était en 1970, en mars 1970. Les inondations de la propriété que j'avais au numéro 10 de la route de Porte-Joie. Donc vous voyez que j'étais obligé de faire du canotage pour aller à mon garage, mon garage qui est ici dans le fond, avec mon cousin. Et cette photo là, elle a été prise un premier dimanche des inondations, et dans la semaine je ne pouvais plus joindre mon garage car le niveau avait monté de 20 cm. Et toutes les autres crues que j'ai connues après, en 1982, 1993, 2001... ont toujours été plus basses au moins de 10 cm à chaque fois. L'île du Bac était très souvent inondée, évidemment, puisqu'elle est un peu en contrebas, donc c'est la commune avec son tracteur et une remorque qui faisait le transport des riverains pour qu'ils puissent rejoindre le pont de Saint-Pierre. Et aussi à une époque, il y avait très peu d'habitants dans l'île. Alors ça a posé énormément de problèmes sur les permis de construire, pour les gens qui voulaient faire construire, et donc maintenant tout est en zone rouge, interdit, à cause de la loi de Vaisons-la-Romaine qui a interdit toute construction sur l'île de Saint-Pierre-du-Vauvray. Les mariniers en retraite, beaucoup, habitent dans l'île aujourd'hui, d'ailleurs. En 1970, il y a eu la construction sur les Longs Champs de la cité des Longs Champs, qui existe toujours aujourd'hui, et qui a été stoppée par la loi sur l'eau du fait que c'est dans une zone inondable, donc il est interdit et on ne pourra plus construire. Il devait y avoir 70 pavillons de plus, hein. Les aménagements  viabilisés, tout avait été fait, quoi. Donc Saint-Pierre ne peut plus s'étendre par ici, et il n'y a plus de terrains sur Saint-Pierre. Pour s'étendre, maintenant, c'est fini. Je crois qu'il y a quelques terrains qui ont été mis à disposition de construction au Vieux-Rouen, le hameau de Saint-Pierre, et puis c'est tout, quoi. Il n'y a plus de terrains, il n'y a plus de terrains !

[04:53]
Le club nautique

En Seine, tous les ans... Il y avait un club nautique qui était un peu plus loin. Et tous les ans il y avait des manifestations de compétition de natation à l'époque, jusqu'en 1964-1965\. Ils ont été obligés d'arrêter, puisque la natation en Seine est interdite, à cause de la pollution et de la maladie du rat qu'il y avait. Donc le club est tombé à l'eau. Il y avait aussi des 10 km de nage en Seine, qui partaient de Venables et qui finissaient au club nautique. Qu'est-ce que j'ai vu ici, en grosse compétition, ça a duré quelques années, 5 ans je crois, c'était la Diagonale du Fou qui passait ici, en ski nautique. C'était international, c'était énorme. Mais je crois que pour des raisons de sécurité ils ont été obligés d'arrêter, c'était trop dangereux, quoi. Mais les gars, ils skiaient, ils passaient ici à 90, 100 à l'heure, hein. C'était de la folie, il fallait le voir. C'était un vrai spectacle. Le club nautique, c'était à la limite de Porte-Joie, Saint-Pierre-du-Vauvray - Porte-Joie. Il y avait des flotteurs pour délimiter les zones où les gens ou les enfants pouvaient se baigner. Il y avait un maître-nageur, Monsieur Lacarrière, un gars du village, Monsieur Burgand aussi. Et tous les ans il y avait des compétitions nautiques, de 50 m, 100 m, et ça amenait énormément de monde à l'époque. Il n'y avait pas grand chose non plus, il n'y avait pas la télévision comme aujourd'hui, alors, c'est normal. Il y a eu la course cycliste. Alors il y avait la course cycliste qui était organisée par les commerçants de Saint-Pierre et les industriels (mais les industriels, il n'y en avait que deux, c'étaient Labelle et les engrais Cedest Engrais). Alors la course cycliste avait lieu tous les ans au mois de mai avec 120 participants à chaque coup. Une étape le matin, une étape l'après-midi. Avec quatre à cinq ou six fois la côte de Saint-Pierre. h oui, c'était une course qui était très réputée pour les 3è et 4è catégories. La dernière course a eu lieu en 1969 ou 1970 je crois.

[07:06]
La batellerie

Il y avait une influence commerciale des mariniers sur la commune de Saint-Pierre du fait qu'ils stationnaient ici. Souvent. Parce que dans les années 1950-1960, début des années 1960, les péniches n'étaient pas équipées de de radars, donc ils ne naviguaient pas la nuit. Alors ils s'arrêtaient à Saint-Pierre. J'ai connu, les jours de grandes fêtes, jusqu'à quarante péniches ici, garées du pont de Saint-Pierre jusqu'au bout du quai de Seine. Et aussi également, les péniches travaillent avec le silo, au moment des grandes récoltes. Ils chargeaient au silo ici, un peu plus loin, et ils allaient sur Rouen décharger les céréales. Rouen est reconnu comme un grand port céréalier, et ça partait pour l'exportation.Ils étaient stationnés, accostés trois par trois, sur toute la longueur du pont jusqu'au quai de Seine. Alors on arrivait à quarante péniches au total.Les jours de grandes fêtes surtout,  quand c'était Pâques, la Pentecôte ou le 15 août, les commerçants ici ravitaillaient les mariniers qui était garés pendant 3 jours au moins, donc c'était un apport pas négligeable pour les petits commerçants qui étaient ici. Mes parents étaient épiciers, on fournissait au moins trente péniches, où il fallait passer de péniche en péniche pour les livraisons. Et dans une ambiance extraordinaire, parce que les mariniers, souvent, c'est des gens du Nord, où il y avait une chaleur très intéressante au niveau de la clientèle, quoi. Et on les retrouvait souvent le dimanche à la messe, parce que, on le sait très bien, tout ce qui est la marine, c'est toujours assez croyant. Donc le curé était gagnant aussi, quoi. La marine a repris, parce que ça avait nettement perdu. Le fret avait nettement perdu dans les années 1990, hein, et depuis que Port 2000 au Havre a été ouvert, il y a eu une amélioration, et maintenant avec les bateaux de croisière qui font Paris-Honfleur et tout, on tourne en moyenne à 70, 80 éclusages par jour. Et on ne pourra pas en faire plus parce que le nombre d'éclusage qu'on peut faire avec Saint-Pierre-la-Garenne et puis Poses, ce n'est pas plus de 80\. Bon, il y a une grande écluse qui a été faite à Poses maintenant, qui fait 200 m de long, ça leur permet de passer trois péniches à la fois ou quatre. Donc le transport fluvial a nettement augmenté. Je peux vous dire, même la nuit maintenant, ça circule, hein. Et ils prévoient dans le futur... que aujourd'hui ils font Rouen-Paris en 24h, et je crois qu'en 2025 il faudra qu'ils le fasse en 18h. L'écluse qui a été rallongée fait 200 m, donc on peut mettre des pousseurs de 180 m aujourd'hui. Et on ne peut pas en mettre plus long parce qu'il y a un problème de circulation à la cause des méandres de la Seine. Parce que Saint-Pierre - Paris en voiture vous avez 105 km,  en bateau on en a 154\. Saint-Pierre - Rouen par la Seine, c'est 57 km, vu les méandres.

[10:29]
Le chemin de fer

L’événement le plus grave, le plus important, c'était le déraillement de 1985, où il y eu 10 morts, 90 blessés, dont 57 très graves. Et moi j'ai été pénalisé aussi dans cette histoire mais il n'y avait pas de mort, c'était ma voiture, mon garage, tout a été écrasé par le dernier wagon qui a déraillé à l'époque ici, qui était dans ma cour. Et à la suite de cela, on a réussi, après un dur combat, quand je dis combat, ce n'est pas un vain mot, c'était pour réussir à faire fermer ce passage à niveau et avoir un passage en sécurité. Ça a demandé 19 ans pour l'avoir. Et moi, je me croché 8 ans là dessus avec l'Etat, la SNCF, la Région, le Conseil général... On n'a rien lâché, je n'ai rien lâché, et puis on y est arrivé. Et on a inauguré le passage en 2004. La gare, elle est fermée depuis le 8 décembre 2008. Elle est ouverte, le train s'arrête mais la gare ne fonctionne plus. Et elle va être fermée, on l'a su la semaine dernière, définitivement à partir de 2020. Donc c'était très important parce que à l'époque, tous les parisiens qui venaient à la pêche ou en week-end, eh bien ils venaient par la gare Saint-Lazare et ils s'arrêtaient à Saint-Pierre. Les gens restaient là le week-end. Il y avait des hôtels, dont j'ai encore un hôtel à côté de chez moi, là, Le Poisson d'Argent, où il y avait des promenades en barque sur la Seine le samedi et le dimanche. Les hôtels étaient pleins, les restaurants étaient pleins, tous les petits commerces marchaient à fond. Et la gare, quand elle a fermé ça a mis un sacré coup au village. Et le deuxième gros coup qui a été marquant pour la commune, c'est la fermeture de l'usine Labelle. Dans les années 1960, il y avait mille ouvriers, et puis voilà en 2003, on ferme tout, on est tombé à zéro. L'usine Labelle, c'était une manufacture de chaussures très connue, très cotée, puisque Monsieur Labelle à l'époque c'était lui le président du cuir en France. Et puis la marque Labelle existe toujours en petite quantité, fabriquée en Italie je crois pour les chaussures de luxe.

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