Témoignage

M. Alain DULONDEL
habitant de Poses

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[00:12] Je suis Alain DULONDEL. On est arrivé il y a douze ans à Poses. Et il y a environ dix ans qu'on a commencé à faire des promenades pour les associations de la commune. On a choisi d'habiter au bord de l'eau parce qu'on voulait avoir la maison en face du bateau : quand on a amené le bateau il y a quinze ans ici, quelques années après on a acheté la maison en face. On a toujours été attiré par l'eau, quoi... par le milieu des mariniers aussi : j'ai adhéré à la Batellerie aussitôt que je suis arrivé ici. J'aime bien ce milieu-là. [00:44] On s'adapte : là, pendant les crues, c'est un peu spécial, on est obligé d'enlever le bateau d'ici parce qu'il menace de se poser sur les rochers en dessous. Parce que ici, à ce niveau-là, on est près du barrage, et l'eau a baissé d'1m50 à la dernière crue il y a un mois et demi. Donc on a emmené le bateau plus haut vers le remorqueur, à l'autre bout de Poses. Et là, à l'autre bout de Poses, l'eau a monté de 50 dans la nuit. Parce que la différence... l'eau est aspirée par le barrage ici, donc jusqu'à 700m du barrage l'eau est tirée vers le bas, donc ça fait une pente. Et là, ça monte à 14-15km/h le courant. [01:19] Et sinon, la nature est très belle ici, tous les soirs on a des spectacles son et lumière : avec le cocher de soleil à l'Ouest, là ça s'allume. Tous les arbres ressortent en brillance. On a l'impression que c'est en relief quoi. [01:36] Moi, en étant riverain, déjà à Elbeuf, J'ai connu la Seine très polluée dans les années 1960 où on n'a plus eu le droit de se baigner, tout ça. La Seine, elle évolue dans le bon sens. Bon, il y a toujours beaucoup de déchets, ça arrive chaque fois qu'il y a des crues, le plastique, etc. Mais on arrive à voir à travers à 1m, 1m50 de profondeur quand il y a du soleil et qu'il n'y a plus de crue (quand il y a la crue, on ne voit plus rien). [02:01] Au niveau des animaux et tout, il y a dix ans, on avait 65 canards, et on a des gens indélicats qui capturent les canards la nuit. En face dans la roselière, là, j'étais dans le bateau, on n'habitait pas encore là, il y a treize ans, et je me suis levé la nuit, j'ai ouvert le carreau et j'ai vu deux gars qui sortaient avec une barque, et c'est arrivé deux ou trois fois et de 65 canards il n'y en a plus qu'une dizaine. Et avant, c'était sympa à Poses, parce que plus loin il y en avait qui donnaient à manger aux canards, moi je donnais à manger, plus loin les canards allaient dans les propriétés, ils rentraient... Tout le monde faisait attention, maintenant, voilà quoi. Les gens capturent les canards pour faire du commerce, eh oui. [03:00]  Alors nous sommes sur la Seine, à 200km exactement de Notre-Dame de Paris. Nous avons décollé et nous remontons en direction de Paris.Et là, nous sommes à l'amont du barrage. Avant, en 1850, 1860, il y avait des bateaux déjà de maximum 600 tonnes qui montaient, et la Seine était 6m plus bas. Et c'était le point le plus dangereux entre Paris et le Havre, c'était le point le plus dangereux sur 7km ici. Il y avait beaucoup de courant, il y avait beaucoup d'accidents, et à cette époque-là il y avait 400 personnes qui s'occupaient que de faire passer les bateaux à Poses. Des gens qui fabriquaient des cordes, il y avait des charpentiers de marine qui réparaient les bateaux parce qu'en descendant ils tapaient dans les cailloux. Et six mois de l'année, ce n'était pas navigable chargé : il fallait qu'ils déchargent sous le barrage. Donc ils se posaient sur un banc de graviers qu'on voit à marée basse, il y a encore la rampe pour monter avec les chevaux, une rampe en pente comme ça, et ils allaient déposer cela à l'entrée de Porte-Joie, le lieu-dit Port-Pinché. On voit encore le quai d'ailleurs. C'était une grande ferme où ils stockaient le matériel, ils déchargeaient tout avec des chariots, ils faisaient une noria de navettes avec des chariots qui portaient jusqu'à une tonne, avec des barriques, tout était à la main : à l'époque il n'y avait pas de grue. Et après ils rechargeaient. Et pour faire la manœuvre traverser ici-décharger-recharger, ça durait 15 jours. Et après ils avaient encore trois semaines pour aller à Paris par le halage. Et ici, comme c'était très en pente, le halage se faisait des deux rives. Un bateau de 600 tonnes en hautes eaux (c'est-à-dire en hiver : il y avait plus d'eau donc ils pouvaient passer chargés), il fallait 24 chevaux de chaque côté. Ils montaient, il y avait un chemin de halage de chaque côté de la Seine, ici et ici. Il y avait des cordes de 360m pour tirer. Ils mettaient des chevaux de chaque côté et à chaque île, ils amarraient le bateau, ils transvasaient les chevaux par là avec des petits bacs qui prenaient 6 ou 8 chevaux, et ils reformaient le convoi plus loin. Donc là les îles, il y a un petit bout, après il y avait encore un bac, après il y a encore une petite île, après ils allaient sur l'île du Trait plus loin, et à chaque fois ça faisait un arrêt d'une heure pour transvaser les chevaux et tout, et ils redémarraient après. Et après, arrivé au bout du pays, au Mesnil, après le Mesnil ils continuaient de la rive droite. Parce que la pente était moins importante. C'était là le plus dangereux, ici. Il faut s'imaginer en basses eaux l'été, ça faisait comme la Loire : il y avait des bancs de graviers, des bancs de sable à droite, à gauche... Et les bateaux descendaient à vide à cette époque-là. Quand ils descendaient à vide, ils descendaient avec le courant, donc il y avait des accidents. Il y avait trop peu d'eau, donc le bateau coulait, ils arrivaient à le réparer et ils repartaient. Et il y avait des gens qui réparaient les bateaux à cette époque-là. [05:51]  Le barrage a été construit de 1880 à 1885 et c'est le barrage le plus important de la Seine, sur tout le cours de la Seine. Il fait 500m de long avec l'écluse et il y a une chute de 5-6m. La marée remonte jusqu'à 160km (on est à 160km de la mer ici, et la marée remonte jusque là, au barrage)... Vu de là vous avez une autre vue : en marchant à pied on voit une maison après l'autre mais là on a un ensemble. Il y a des beaux endroits... [06:30] Il faut imaginer, juste après-guerre, les trois quarts des maisons, c'était des mariniers. Toutes les petites maisons qu'on voit. Et ils mettaient leur bateau devant chez eux. Alors il faut s'imaginer qu'à une époque, il y avait plein de bateaux partout ici à Poses. Alors que maintenant, quand il y en a un qui ne voit plus l'eau, même avec un bateau de plaisance, il n'est pas content... Là-bas, vous avez un exemple d'un bateau qui est resté à l'abandon deux ans et qui a coulé il y a un mois et demi. J'ai assisté à l'agonie du bateau, le lundi, le mardi, le mercredi. J'ai appelé les pompiers : ils n'ont pas voulu venir et puis quand il était coulé ils sont venus. [07:18] On va bientôt arriver où est stationné le remorqueur le Fauvette qui est classé monument historique. Un remorqueur de 1928, construit à Cologne en Allemagne. Il fait partie de l'association de la Batellerie. Le remorqueur appartient à la commune. Et la péniche plus loin, c'est un chaland (il n'a jamais eu de moteur) qui fait 38m de long. Ce bateau-là, c'est le musée de la batellerie... Voilà, c'est l'exemple qu'il ne faut pas suivre : les bateaux qui font ds grosses vagues : ça abîme les petits bateaux qui sont stationnés. Il n'est pas au courant que c'est 6km/h ici... Là on arrive en face de l'île du Trait. Là je vais faire une démonstration de pilotage à la Dulondel... C'est un bateau qui fait manège en même temps... Je le fais à chaque fois qu'il y a des enfants. [09:05] Et après on va passer devant l'île du Trait où on va voir des petites chèvres qui sont nées cette année. Des chevreaux. C'est une île sauvage un peu, donc un monsieur a mis des chèvres pour entretenir.

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