Témoignage

Mme Denise LETOURNEUR
native et habitante de Pont-de-l'Arche

M. Guy LETOURNEUR
natif et habitant de Pont-de-l'Arche

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[00:12] GL Des plus anciens de Pont-de-l'Arche... Bonjour, nous nous appelons Monsieur et Madame LETOURNEUR Guy, nous sommes nés à Pont-de-l'Arche tous les deux, mon épouse et moi-même il y a environ 90 ans. Nous vivons à Pont-de-l'Arche depuis et nous n'avons jamais quitté Pont-de-l'Arche. Donc nous connaissons... pas la ville sur le bout des doigts si je puis dire mais enfin quand même un petit peu.

[00:36]
1929 : la Seine à sec

GL La photo de droite, c'est la Seine à sec dans les années 1930 je crois à peu près. Mon grand-père travaillait aux Ponts-et-Chaussées à cette époque-là, avec deux ingénieurs. Alors ils sont sous le pont de Pont-de-l'Arche.
DL "Octobre 1929. Photo sous le pont en bord de la Seine à sec suite à la rupture du barrage de Martot. Arrêt de la navigation pendant 5 jours. Charles Morel, Maire."
GL Voilà, ça c'est l'explication, avec des précisions. Je ne me rappelais pas que c'était 1929.

[01:17]
L'ancien lavoir

DL Il n'existe plus.
GL Le lavoir... Comment je vais vous expliquer ça... Lorsque vous prenez la route qui est le long du camping, on va jusqu'au bout et il y a une pointe et on se tourne et on remonte. Le lavoir se trouvait perché un peu en haut
DL à gauche
GL et d'ailleurs il était entouré de quelques arbres, et on avait une vue du haut du lavoir sur la Seine, le pont,
DL l'Eure
GL On voyait... Et puis il y avait la tour des fortifications, la tour de Crosne. Donc le lavoir, il a existé, ça devait être avant la guerre je crois.
DL Moi je m'en souviens un peu.
GL Oui oui oui oui... Et puis c'est un truc qui n'a jamais beaucoup marché.
DL Non
GL Il avait été construit je ne sais pas par quel municipalité, je ne me souviens pas, mais il a fonctionné peut-être un petit peu...
DL On n'a jamais vu de lavandières
GL Non, on n'a jamais vu beaucoup... Donc il était, si vous prenez le monument aux morts, vous descendez là, il était là au bout, sur la butte à droite. En descendant. Et je connais bien le coin parce que mon père et tous mes oncles et tantes sont nés dans la maison qui était juste en dessous. Alors je connais bien le quartier parce que mon père était là avec tous ses frères. Il avait onze frères et sœurs, alors tout le monde a bien connu ce quartier et tous les frères et sœurs de mon père ont habité là où est le camping maintenant, en face dans toutes les petites maisons, tout le monde habitait là dans le coin.
[03:06] DL Toi !
GL Moi, j'ai appris à nager, vous voyez où est l'usine électrique, bon bah à cet endroit-là, on ne peut pas appeler ça une plage, mais la Seine descendait assez doucement avant le... Donc la plupart des gamins de mon époque, on allait apprendre à nager dans la Seine. Et un petit peu dans l'Eure aussi parce que dans l'Eure, là où le pont passe actuellement, il y avait des espèces de petites plages qui avaient été faites, et puis on barbotait plutôt qu'on nageait, mais enfin on apprenait quand même un petit peu à nager, parce qu'à cette époque-là il n'y avait pas de piscine.
DL Non, moi j'ai toujours eu peur de l'eau !

[03:49]
1940-1950 : les ponts de Pont-de-l'Arche

GL Le parapet du pont était... C'était un bloc de pierre et en dommages de guerre, il a été refait mais avec des arcades et on voyait en bas la Seine et l'Eure. Donc nous l'avons bien connu, on a même connu les travaux puisqu'on l'empruntait à cette époque-là, quand on était jeunes il n'y avait pas les voitures qu'il y a maintenant, donc on marchait beaucoup à pied,
DL On allait prendre le train
GL On allait à la gare, la gare de Pont-de-l'Arche qui était en service à l'époque (elle existe toujours mais plus ou moins). Donc à cette époque-là, le pont a été refait, on avait l'impression que c'était un pont tout neuf, alors qu'il n'a été refait que partiellement, les parapets. [04:41] Le pont de Pont-de-l'Arche, tel qu'il était à l'époque avec les passes pour le passage des bateaux, des péniches qui étaient tractées par des remorqueurs. Et il a été détruit en 1940, à la guerre il a sauté.
[05:02] DL Là c'est le pont. C'est toute la famille sous le pont.
GL Le Génie français l'a fait sauter. Donc on ne pouvait plus traverser la Seine, c'est la raison pour laquelle une passerelle a été refaite en bois avec les sapins de la forêt de Pont-de-l'Arche. Ça a été fait par des équipes de Portugais. Je ne sais pas pourquoi non plus mais c'était des Portugais qui travaillaient les arbres qui descendaient de la forêt pour refaire le pont. La forêt de Pont-de-l'Arche à l'époque était pleine d'arbres, plus que maintenant. Parce que là, c'est un peu détruit. La forêt de Bord était magnifique à cette époque-là. Et ils ont profité de tous ces sapins de la forêt de Bord, qui ont été travaillés sur les quais en bordure de l'Eure, là en bas, ils ont enlevé l'écorce et tout, graissé, pour faire un pont provisoire en bois. [6:16] Et là c'est le côté Eure, de l'autre côté c'est le côté Seine, et il y avait des passes qui étaient plus hautes pour le passage des bateaux aussi.
DL Il y avait des passerelles.
GL Il y avait un peu plus bas ici en dessous, une passerelle piétons. Ils avaient fait un passage pour les piétons.
DL C'était bruyant.
GL Oui parce que la passerelle qui a été faite, elle était faite en dessous de là où les (quelques) voitures passaient donc c'était un pont en bois qui était un peu... Ce ,'était un pont en pierre qui était rigide. C'était un peu remuant. Il se passait que ça bougeait un peu quand il y avait (quelques) camions qui passaient, et comme la route était au dessus, c'était un peu bruyant. Ce qui est normal d'ailleurs, ça paraît logique. [07:09] Voilà, là il est en construction, et là il est terminé. Et à cette époque-là, le pont de Pont-de-l'l'Arche partait non pas où est celui de maintenant mais en centre-ville en bas. On descendait la rue principale et il était juste en face. Il a lui aussi sauté en 1944. Il a été sauté par les bombes par les Anglais. Il a été bombardé par l'aviation anglaise. Une petite anecdote : les bombes qui sont tombées dans l'Eure en bordure de Pont-de-l'Arche ont projeté de l'eau bien sûr,
DL des poissons
GL mais mêmes quelques petits poissons, qu'on a retrouvés dans Pont-de-l'Arche.
DL Et puis dis, loin, hein, parce que c'était du côté de...
GL le milieu de la place en bas
DL plus haut, même
GL oui oui, il y a eu des poissons qui se sont retrouvés jusque là. C'est curieux hein. Oh, il n'y en avait pas... hein, mais quelques petits poissons. Une anecdote qu'il faut connaître. Et moi, à l'époque, je travaillais à Pont-de-l'Arche, en 1943-1944 quand le pont a sauté, je travaillais et je les ai vus moi-même ces poissons. Alors voyez-vous, je ne raconte pas d'histoires, c'est moi qui les ai vus. On les a vus à deux ou trois... Des genres de petites ovelles, de petits poissons... [08:39] [Le pont d'Arromanches] C'est les Anglais je crois, qui sont arrivés avec les camions et puis tout le matériel, la ferraille et tut ça, et ils l'ont installé sur place, là où il est encore d'ailleurs, il est encore accessible.
DL Mais il y en avait deux, il y en avait un autre de l'autre côté.
GL On traversait l'île et de l'autre côt ils ont fait un pont de bateaux. C'est ça qu'on appelait le pont d'Arromanches, c'est de l'autre côté. Donc le petit bout d'île qu'on traversait , ils avaient fait une route, et de l'autre côté, ils avaient fait, avec des péniches, ils ont monté dessus, avec un endroit qui se déplaçait pour laisser passer les bateaux. Là, comment c'était fait exactement, il y avait un système qui permettait de laisser un passage libre sur la Seine, de manière à ce que les bateaux puissent passer. La circulation était arrêtée bien sûr, et dès que les bateaux étaient passés, ils remettaient en place et là la circulation reprenait. Ils avaient fait, de chaque côté, une rambarde et au milieu, sur les bateaux, les morceaux qui étaient fixés sur les péniches pour faire la route quoi. Ça ressemblait à une route goudronnée hein, ça ressemblait, c'était un peu...
DL Une route.
GL Et une route avait été faite là où est l'usine électrique, ils avaient fait une route provisoire pour rejoindre la route actuelle pour aller vers Igoville, Alizay et Rouen. La route de Rouen, la route de la gare. Il a existé, ce pont d'Arromanches, assez longtemps, parce que, en attendant que le pont soit refait. [10:27] Après la guerre, hein, après 1945, jusqu'à 1950, il y a eu beaucoup de changements dans Pont-de-l'Arche, bon il y a une évolution déjà de la circulation. Parce que à cette époque-là, la route nationale n'existait pas. Pour traverser le pont, il fallait traverser Pont-de-l'Arche, la rue principale, de la place, la rue de Paris elle s'appelait à cette époque-là, qui est passée la rue Roosevelt maintenant, on descendait sur la place en bas, où il y avait la statue
DL Hyacinthe Langlois.
GL Hyacinthe Langlois, où il y avait la statue en bronze [11:06] qui a été démontée par les Allemands. Oui oui. Donc là, la rue principale descendait jusque là, il y a une petite courbe, vous voyez, on descendait jusqu'en bas, et le pont partait en direct là. Il n'était pas à l'époque... Par contre de l'autre côté, à Igoville, il arrivait à la même place. Là, celui-là, et l'autre, il est plus en biais. Il a été refait en fonction de la descente de la nationale. Il n'y avait pas la circulation q'il y a maintenant, il y avait quelques voitures, il y avait trois voitures qui descendaient le matin et quatre l'après-midi. Alors que maintenant, il y a une circulation... ce ne serait plus possible. [11:52] Pour le pont, on a vu l'inauguration, en 1955 ou 1956.
DL Leclerc était venu. Madame Leclerc.
GL Oui, le pont actuel, il a été inauguré en 1955 ou 1956. On venait de se marier. Donc il a été inauguré en grande pompe, par le maire, et tu dis oui...?
DL Madame Leclerc, le Général Leclerc !
GL Oui oui. Parce que c'était à l'époque, le pont qui est en fonction actuellement, c'était un des premiers ponts en acier soudé.
DL Ah oui, oui.
GL Bon maintenant, ça a évolué depuis le temps, mais à cette époque-là, c'était un pont en acier soudé, nous on l'a vu monter, on a vu les soudeurs assembler tous les... oui oui
DL Oui
GL Et je vous dis, à cette époque-là, la route nationale qui remonte maintenant vers Louviers n'existait pas. Elle a été faite cette route-là dans la forêt tout ça, par rapport au pont, tout a été dévié, ça a été modifié tout ça. Parce que en réalité, là où est la route, c'était de la plaine.
DL Oui, il y avait une ferme, là.
GL Là au dessus de chez nous, il n'y avait pas de constructions, toutes les maisons que vous voyez là au dessus, il n'y avait rien. Il y avait une ferme, la ferme de la Borde, qui était tout à fait en bordure de la forêt là haut, et à cette époque-là c'était des vaches, des moutons ou des chevaux qu'il y avait là. Comme j'habitais moi juste en face, eh bien il n'y avait aucune maison, il n'y avait rien du tout. Les dernières maisons, c'est la rangée qui est là, il y en a six je crois, et qui ont été installées par l'usine Marco, chaussures. Pour loger leurs employés. Il y avait des bureaucrates, il y avait le directeur, Il y avait même le chauffeur.
DL C'était les dernières maisons.
GL Ça a dû être construit ça dans les années 1924-1925. La maison où moi je suis né là au dessus, elle avait été construite, vous voyez où est le Chenil,
DL en dessous
GL En dessous, 1925, mon grand-père l'a fait construire. [14:07] Et à cette époque-là, c'était la route de Louviers, cette route-là n'existait pas, la route de Louviers qui montait et qui allait sur Louviers.
DL Notre rue, c'était l'ancienne route de Louviers.
GL Oui. Et c'était un chemin de terre qui était... Il y avait des chevaux qui descendaient les grumes de la forêt, et il y avait un peu plus bas
DL sur les boulevards
GL Oui sur les boulevards, il y avait un... Monsieur Bernard, il s'appelait, qui faisait les grumes, qui faisait des planches, des madriers, qui travaillait le bois. Ah ça c'est le vieux Pont-de-l'Arche, hein.

[14:53]
La guerre et l'exode

GL Le 6 juin, les Allemands arrivaient de l'autre côté de la Seine, le pont a sauté à 6h du matin, et nous étions, on évacuait, on partait, à pied, et on était en bordure de forêt et nous avons vu les morceaux du pont sauter en l'air. Et on est parti pour quinze jours ou trois semaines, on est allé à pied à Alençon. Avec mon grand-père qui avait 80 et quelques années dans la brouette ! Eh oui... Et on est revenu quinze jours ou trois semaines après, à pied, on a fait l'aller-retour d'Alençon, 160km, à pied. On faisait des étapes d'une vingtaine de kilomètres par jour. Les Allemands nous ont rattrapés vers Alençon, et on est revenu, et quand on est revenu, la maison était toute saccagée. Parce que comme elle n'était pas habitée, qui est-ce qui avait fait tout ça, on n'a pas su mais la maison a été toute abîmée, saccagée, volée, enfin... Et vous vous avez évacué...
DL Ah bah non moi, on est parti en voiture. Parce que ma grand-mère avait une voiture donc on a mis les matelas dans la voiture et on est parti. On était trois, trois voitures : la voiture de ma grand-mère, la voiture des beaux-parents et puis une autre. Et on est allé nous jusqu'en bordure du Cher.
GL Ah oui à cette époque-là on partait...
DL Et les Allemands étaient en même temps que nous hein... On couchait sur le bord de la route sur des matelas et ils passaient, ils nous arrêtaient, ils nous... Ah...
GL Il faut dire qu'on a évacué, pourquoi ? Parce qu'on a eu une peur terrible des Allemands. On croyait qu'ils allaient tuer tout le monde. Alors c'est pour ça que tout le monde se sauvait. Et finalement, il y a eu des accidents bien sûr, mais ça n'a pas été aussi important que la peur qu'on a eue, qu'on nous avait donnée des Allemands qui allaient tuer tout le monde. Alors... Alors il faut dire que mon père a été prisonnier cinq ans. Ce qui a limité nos études parce que à Pont-de-l'Arche à cette époque-là il n'y avait ni collège ni rien du tout, et le seul collège qu'il pouvait y avoir c'était ou Elbeuf ou Louviers, et il n'y avait pas de transport. Que le vélo. Donc ma mère étant seule, mon père étant prisonnier, eh bien à 13 ans et demi je travaillais. On a quitté les études. Avoir le Certificat d'études et hop, au boulot.

[17:34]
Inondations

GL Il y a même encore une plaque qui existe dans la petite maison qu'il y a en bas au bout du camping. Il y a une plaque "Hauteur de l'inondation de 1910". Et la plaque existe toujours, elle est en face le camping, la dernière maison à gauche avant la côte qui monte, une petite côte qui monte, qui rejoint justement le lavoir. Moi je me souviens d'une année où je travaillais pour mon beau-père qui était marchand de charbon, et je conduisais un camion, un vieux camion à l'époque, et on faisait la tournée jusqu'aux Damps, et on revenait par l'Eure, le bord de l'Eure, et il y avait de l'eau là en bordure de l'Eure, l'eau montait jusque là. Et il y avait environ 20-30cm d'eau. Et à cette époque-là, le vieux camion de ton père, il n' y avait pas de plancher, c'était un vieux camion de 1919, et l'entraînement nous remontait l'eau dans la cabine. Alors il fallait se préserver du mieux qu'on pouvait parce que...
DL C'était en quelle année ça aussi ?
GL Bah quand je travaillais pour ton père, on s'est marié en 1955, c'était avant, 1953-1954. C'est des inondations, qu'il n'y a plus maintenant d'ailleurs, hein.
DL Non, on n'en voit plus, pratiquement plus.
GL Ça ne monte plus aussi haut. Pourquoi ? Il a dû y avoir des changements de l'Eure. Parce que à cette époque-là, sous le pont actuel, il y a de la terre, c'est bouché, mais à cette époque-là il y avait un passage entre l'Eure et la Seine. Ça c'était avant que le déversoir soit fait, donc le niveau de l'Eure devait être plus bas. Donc il y avait un passage possible entre l'Eure et la Seine. Il n'y a pas beaucoup de gens qui ont connu ça, à part nous, parce que tout ça, ça a été modifié. Il y a eu des barrages qui ont été faits, le barrage de Martot, ils ont modifié le niveau de l'Eure et de la Seine alors, tout ça il n'y a que des gens de nos âges qui peuvent avoir connu ce genre de choses. [20:05] On est allé quelques fois sur l'Eure en bateau.
DL Sur l'Eure en bateau oui.
GL Oui mais non, on...
DL En barque.
GL Oui en barque. Ah, il y a eu aussi quelque chose : il y a eu une petite écluse qui a été faite entre l'Eure et la Seine. Vous voyez où est le déversoir, là, bon eh bien à côté du déversoir, elle existe je crois encore. Alors une petite écluse, hein, petits bateaux. Alors pourquoi ça avait été fait ? Pour le passage des bateaux entre l'Eure et la Seine... Je ne sais pas trop.
[20:36] DL Le bateau à Marie-Claude, qu'ils ont passé sur le... qui arrivait de Paris, oui ? Une boîte de nuit.
GL Le bateau qui... En quelle année c'était ? Je ne me souviens plus...
DL On était mariés. Il a passé...
GL Ah oui. Ils ont passé une péniche et ils ont fait, pas un dancing, une boîte de nuit. Et ils ont profité pour passer cette péniche qui quand même était...
DL Elle venait de la Seine et elle est passée dans l'Eure. Elle est venue en bordure de l'Eure.
GL Elle est passée par le déversoir, mais ils ont profité d'un jour de crue, que la Seine avait monté au dessus du déversoir pour pouvoir passer par-dessus. Pour l'amener là où est le pont actuellement. La péniche était garée là, et tous les samedis et dimanches il y avait du bal, il y avait un dancing, ils avaient fait un dancing.
DL Et elle est repartie comme ça aussi.
GL Elle est à PAris là maintenant. Et ils l'ont repassée dans les mêmes conditions un jour de crue, là il fallait calculer, et l'heure aussi, parce qu'il y a les marées aussi qui jouaient, donc ils ont repassé cette péniche au même endroit par le déversoir un jour de crue où il y avait suffisamment d'eau pour passer. Ah oui, il arrivait même que entre Pont-de-l'Arche, Igoville, Alizay, c'était recouvert d'eau.
DL Oui, que maintenant on ne voit plus.
GL Non, c'est rare maintenant. J'avais un oncle qui avait une grande barque et qui passait parce qu'il n'y avait pas de passage, de pont à cette époque-là, et il passait les gens à la barque. Et il traversait de l'autre côté.

[22:24]
En canoë sur l'Eure

GL Jean Leclerc, mon copain, avait un petit canoë. Et le dimanche on montait dans le canoë et on remontait jusque sur les Damps ou on redescendait, je dirais même qu'on devait se baigner je crois dans l'Eure à cette époque-là, qui était plus propre à cette époque-là que maintenant.
DL Oh oui.
GL Parce que maintenant il y a quand même pas mal d'herbes, de choses qui ont poussé, l'eau à cette époque-là était plus propre que maintenant. Bah c'était dans les années, que je jouais au basket avec..
DL 1950
GL Après la guerre, 1945-1950, par là quoi. Même 1951-52.
DL Il y en avait d'autres quand même.
GL Et il y avait pas mal de pêcheurs à cette époque-là aussi, qui avaient des barques et ils pêchaient. Alors, autre anecdote : là où est le terrain de camping actuellement, à cette époque-là il n'y avait pas de terrain de camping, et il y avait toutes les maisons qui sont le long
DL du bord de l'eau
GL Et tous ces gens-là avaient un petit bout de jardin. Ils faisaient du jardin là où est le camping maintenant, ils faisaient des petits carrés de jardin. Il y avaient beaucoup de gens qui cultivaient un peu leur petit truc là.
DL Même dans l'île.
GL Oui, dans l'île aussi. Avant le pont qui existe maintenant, que les Anglais ont fait, le pont Bailey, n'existait pas, donc il fallait aller dans l'île mais à la barque. On ne pouvait pas y aller autrement. Il n'y avait pas de passage. Les riverains, tous les gens qui habitaient un peu là, ils allaient, presque tout le monde avait un bateau, une petite barque, où il pêchait, et ils traversaient pour aller jusque dans l'île cultiver un peu. Quelques petites bricoles, ce n'était pas...

[24:23]
Les usines

GL Il y a une anecdote aussi qu'il faut connaître, c'est que Pont-de-l'Arche à cette époque-là était fournie en électricité par une petite usine qui était de l'autre côté de la Seine, elle existe toujours d'ailleurs, Gaubert, qui fournissait du 110 continu. Donc quand l'usine a cessé de produire de l'électricité en 110, on est passé au 220 alternatif. Et ça, c'était une usine, enfin une usine, c'était des chaudières qui étaient alimentées en charbon pour faire marcher les turbines pour fournir l'électricité pour Pont-de-l'Arche. Et d'ailleurs il arrivait de temps en temps qu'il y ait une panne, il n'y avait plus de lumière dans Pont-de-l'Arche.
DL On n'était pas mariés quand c'était ça.
GL Oui on est passé du 110 continu en 220 alternatif, il a tout fallu chambouler, les compteurs, tout a été changé.
DL Il y avait beaucoup d'usines de chaussures.
GL Oui, il y avait ça aussi. À cette époque-là à Pont-de-l'Arche, il y avait au moins 5 ou 6 usines de chaussures. Il y avait Prieur, Marco là-bas, Burel, Nion
DL Et toutes les petites usines, Chauvin, Hublet
GL Oui toutes les petites entreprises en plus, d'une vingtaine d'ouvriers. Alors que les grandes, là chez Marco ils étaient 400 ou 500 ouvriers.
DL Ah oui. Le midi vous descendez sur la place, c'était noir de monde, hein. Par rapport à maintenant.
GL À cette époque-là tous les commerces dans Pont-de-l'Arche étaient ouverts et les gens sortaient le midi acheter leur petit casse-croûte pour manger, il y avait des cantines, tout un tas de trucs. Il fallait que les gens se restaurent le midi pour reprendre pour 13h30. Mais c'était noir de monde le midi. Et la sirène sifflait à midi. La sortie de l'usine. Et à 13h20 et 13h30 la reprise du travail.
DL Bah il y avait des gens qui venaient de loin qui arrivaient par le train. Ils venaient de Oissel, Saint-Étienne, de partout, Poses, Criquebeuf, Montaure, tout le monde venait. Soit ils avaient des camions qui les amenaient, Ils venaient en camions, ce n'était pas des cars.
GL Oui des camions qui allaient chercher les ouvriers. Ils les amenaient et ils reportaient le soir, soit peut-être jusque sur Louviers... Alors, à cette époque-là à la gare de Pont-de-l'Arche, il y avait des trains qui venaient de Gisors. Il y en a qui venaient de très loin. Alors ça les faisait arriver le matin vers 7h30 pour repartir le soir à 17h30 - 18h. Ah oui ils avaient des grandes journées. C'est pour cela que le midi, les gens restaient pour acheter à manger, ils restaient déjeuner. À l'époque dans les usines il y avait 2000 ou 3000 ouvriers. Facile. [27:44] Ma femme et moi-même, on a travaillé à l'usine Morel, là en face. À cette époque-là Morel était au Chenil et c'était les enfants Raymond et Jacques, parce qu'il y avait une usine à Igoville aussi de chaussures. Toi tu as fait 17 ans, moi j'ai fait 14 ans de chaussures. On appris à travaillé, mon père était contremaître, et toi tu piquais les chaussures, moi je coupais, et les chaussures étaient fabriquées. Chaque usine avait sa spécialité : nous à l'usine Morel, on faisait l'enfant et la femme, c'est tout ; Marco faisait plus l'homme et la femme. Chaque usine avait sa spécialité. Nous on commençait je crois au 24, pour les bébés, jusqu'au 42. Ensuite, en 1953-54, l'usine a Alizay de fabrication de papier s'est installée, avec des salaires beaucoup plus élevés. Ce qui fait que j'ai donné mon compte et je suis parti travailler à Alizay. Et j'ai fait 27 ans de papier carton. Parce que c'était plus intéressant point de vue paye. Bon, maintenant, ce n'était pas le même genre de travail. C'était 5h-13h, 13h-21h, 21h-5h du matin. Samedis dimanches et fêtes. Il y avait UN arrêt par an pour remise en état de l'usine. Sinon le dimanche, Noël, Jour de l'An, Pâques, on travaillait. Ça c'est la vieille industrie, maintenant qui n'existe plus qu'à moitié, ça a flanché.

[29:51]
La batellerie

GL Je suis un peu d'une famille de mariniers, d'anciens mariniers. Mon grand-père était aux Ponts-et-Chaussées, j'avais des oncles qui travaillaient aux Ponts-et-Chaussées aux écluses de Poses, j'avais un oncle, et une tante, qui était chef-éclusier, j'avais un oncle qui était barragiste, qui travaillait sur le barrage de Poses... Alors voyez... Et j'avais des oncles et tantes qui étaient mariniers. Mon père a été lui aussi quelques mois sur un bateau, sur une péniche. J'ai été un petit peu, moi, j'avais 2 ou 3 ans, élevé sur la péniche, pendant quelques mois.
DL 6 mois, ta mère m'a dit.
GL Oui c'est ça, 6 mois. Et c'était assez dangereux parce que les bordures de la péniche, ce n'était pas tellement large il ne fallait pas laisser le gamin plonger ! Oui à cette époque-là, il y avait des trains de bateaux, c'est comme ça que ça s'appelait, tirés par des remorqueurs. Il y avait un coup de sirène parce que les remorqueurs lorsqu'ils passaient sous le pont, baissaient la cheminée. Pour pouvoir passer, pont n'était pas assez haut pour laisser passer la cheminée des remorqueurs, qui tiraient en général cinq ou six péniches derrière. C'était assez courant de voir les péniches monter et descendre la Seine, il y avait un trafic sur la Seine à cette époque-là qu'il y a beaucoup moins maintenant. Maintenant, la plupart des péniches sont à moteur, et les remorqueurs je ne sais même pas si ça existe encore. [31:48] On avait des cousins, Robert Delafosse, qui avait une péniche, enfin c'était un automoteur.
DL Elle était grande, hein !
GL Oui c'était grand, oui, 400 ou 500 tonnes. Peut-être même plus. De temps en temps il faisait Le Havre-Paris, et Paris-Le Havre, avec du sable, du charbon, un peu de tout
DL Des viandes même
GL et on a eu l'occasion d'aller voir cette péniche, cet automoteur, et ils avaient leur appartement. Donc il y avait la cabine de pilotage, et en dessous il y avait la salle à manger, la cuisine, les chambres. Tout ça c'était miniature parce que ce n'était pas grand
DL Mais c'était nickel
GL Ah oui, c'était im-pec-cable ! Les escaliers et les marches pour descendre, cirés, propres
DL On y allait nus pieds
GL Ah oui on se déchaussait sur le bateau. Alors il y avait souvent un logement, le logement du patron à l'arrière et il y avait tout à fait en bout de péniche un autre logement pour l'employé.
DL Ça s'appelait...
GL Elle s'appelait Le Petit Roger, qui était, le petit Roger, c'était un fils du patron, qui était décédé, et il avait appelé la péniche Le Petit Roger en souvenir de l'enfant décédé. Il était propriétaire. C'est un automoteur, pas une péniche parce qu'une péniche, il n'y a pas de moteur dessus alors que l'automoteur, il avait son moteur et tout. C'était un peu au dessus. La gamme au dessus.
DL Ils venaient souvent, ils débarquaient.
GL Oui, comme ils avaient de la famille, des gens ici, ils s'arrêtaient entre le déversoir et le pont, il y a un endroit où il y a des palplanches, et ils s'arrêtaient là. Quand le niveau de la Seine était suffisant. Parce qu'il leur est arrivé une fois dans la nuit que la Seine a baissé, puisque on subit les marées, et la Seine a baissé, la péniche a touché le fond. Alors ils ont été quitte à décrocher, et s'en aller vite fait.Voyez-vous, c'est des petits trucs, il n'y a que nous qui pouvons connaître, ce genre de choses. Ah oui mais c'était impeccable comme automoteur. Alors je vous dis, il faisait ou du sable, il déchargeait au Havre, ça pouvait être du charbon, ça pouvait être... mais du vrac, hein. Bien souvent c'était du vrac. Je n'ai jamais connu de d'arrêt de bateaux ici, non non. Elbeuf, ils arrêtaient, après Elbeuf, il y avait le barrage de Poses et les écluses d'Amfreville-sous-les-Monts, parce que d'un côte c'est Poses, de l'autre côté c'est Amfreville-sous-les-Monts. Faut pas tout mélanger. Il y avait trois écluses : la petite, la grande, et la moyenne. Donc la grande était elle commandée avec une écluse électrique, alors que les autres, c'était des à la main. Donc j'avais un oncle qui était chef-éclusier, et c'est lui qui commandait l'ouverture et la fermeture des portes. Et la sœur de mon père qui était Adrienne Marcellin, elle elle était au standard. Il y avait un standard, et les péniches devaient être annoncées d'un côté ou de l'autre par téléphone, et ils ouvraient les portes en fonction de l'arrivée des bateaux. Ma tante à cette époque-là elle avait une petite pièce avec un standard, et elle branchait, elle communiquait avec les gens qui prévoyaient le passage des bateaux. en parlant de péniches, de l'autre côté de la Seine, il y avait un chantier qui réparait les péniches. SENECO ça s'appelait. Et il y avait plein d'ouvriers qui y travaillaient qui étaient sur Pont-de-l'Arche et qui réparaient les péniches endommagées ou qui avaient eu un choc, quelque chose, ils réparaient. C'est un chantier qui n'existe plus d'ailleurs. Bon comme il y a déjà moins de péniches, déjà d'une part, alors là les péniches à cette époque-là, il y avait une cale sèche et alors ils rentraient les péniches sur le bord de la Seine, et ils faisaient les réparations qui étaient nécessaires.

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Voir aussi
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Témoignage de M. Yvon WENDEL, natif et habitant de Pont-de-l'Arche

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