Témoignage

Mme Odile LEGRAND
native et habitante d'Igoville

M. Gérard SAILLOT
natif, habitant et ancien maire d'Igoville

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[00:29] OL Bonjour je suis Odile LEGRAND née BREHAM, je suis née à Igoville en 1933, j'aurais pu dire le mois mais enfin...
[00:42] GS Bonjour je m'appelle Gérard SAILLOT, je suis né à Igoville en février 1943, étant la quatrième génération née à Igoville. Je suis né dans une maison qui avait été refaite pour abriter des sinistrés du bombardement de 1940.

[01:01]
Aléas du lit du fleuve

GS Vous savez, d'Igoville, on ne voit pas la Seine.
OL Non, on ne voit pas.
GS Sauf quand elle est très haute et interdite à la navigation.Parce qu'il y a une crue. Le problème...
OL Les bateaux, on ne les voit pas...
GS Là c'est une photo d'octobre 1929, suite à la rupture de barrage de Martot comme c'est indiqué a dos de la photo, où on voit [01:32] le maire de Pont-de-l'Arche de l'époque Monsieur Morel, Charles Morel, qui est dans le lit de la rivière parce que la rivière avec le barrage de Martot qui a sauté, est complètement à sec. C'est signé Charles Morel, maire. Ne me demandez pas comment j'ai récupéré ça... Je sais que mon père était très ami avec Raymond, mais bon...
[02:03] OL Ah les glaçons, oui en effet, moi je ne me souviens pas vraiment mais enfin c'est une photo que j'ai, qui a été prise des glaçons sur la Seine donc l'hiver 1940-1941. Je pense que sur la photo ce sont des piles de l'ancien pont qui a été détruit en 1940. Les glaçons...
GS Depuis...
OL Non mais au moment de la guerre, il me semble qu'il y a eu quand même deux ou trois années peut-être où la Seine a transporté des glaçons.
GS Moi je pense que c'est une crue qui n'a pas été certainement marquée mais, à la réflexion c'est forcément une crue qui s'est forcément passée entre 1940 et le nouveau pont, pour que les ouvriers puissent traverser la Seine pour aller de Pont-de-l'Arche à Igoville pour venir travailler, et donc c'est là que Monsieur Lavenant avait une barque à moteur à l'époque, et il traversait avec beaucoup de risques parce que en hiver il y avait du courant, et ce n'était pas les moteurs de maintenant. Ni les barques de maintenant. il y avait beaucoup de bricolage. Les inondations de 1955, sur Igoville elles sont venues jusqu'à la moitié du terrain de football qui est derrière la mairie. Ça je suis absolument certain. C'est d'ailleurs là où on s'apercevait, parce qu'à l’œil on s'en rend pas compte, que le terrain de football est sérieusement en pente. Puisque normalement l'eau ne pouvait pas s'arrêter au milieu ! Mais on le savait déjà qu'il était en pente. Et donc, à ces inondations de 1955, il faut savoir que derrière les maisons qui longent la nationale en allant vers le petit pont de chemin de fer à la place de Distrivet et tout ça, il y avait ce qu'on appelait des trous, en réalité c'était des fossés, qui étaient creusés au pied des voies de chemin de fer. Là c'était rempli d'eau, et régulièrement, avant que ce ne soit remblayé, tous les hivers c'était inondé. Mais en 1955, c'état la plaine, il n'y avait pas encore eu l'intervention de la Shell dans la plaine d'Igoville, donc il y avait des clôtures pour les herbages, etc. On ne voyait pratiquement plus les poteaux de clôture.
OL Oui ça c'est vrai, maintenant que vous le dites ça me revient.
GS Pour passer, il y a un petit pont de chemin de fer qui existe toujours au bout derrière le château, c'est un pont qui a été fait avec des surélévations sur les côtés pour les piétons, pour les crues ordinaires, mais là on ne voyait même plus ça hein. Pour passer nous les enfants pour jouer, il fallait qu'on baisse la tête. C'est ahurissant parce qu'on aurait mérité sûrement d'être rappelé à l'ordre. Mais bon, il n'y a pas eu d'accident ni rien mais bon on l'a pas non plus fait moult et moult fois, mais on l'a fait. Quand il y avait la crue, la crue recouvrait toute la Seine, donc on allait dans un baquet qui flottait et puis on allait un petit peu voir dans la plaine ce qu'il se passait, sauf que comme il y avait des piquets, si on avait été accroché par un piquet de clôture ou autre chose comme ça... bon on n'allait pas vraiment vers le lit de la Seine, mais on allait dans la plaine, nous, la plaine qui était recouverte d'eau. On aurait été retourné ou il y aurait un incident, bah je crois qu'on ne s'en sortait pas parce que ni les uns ni les autres on ne savait nager. C'était de la bêtise pure que de faire ça. Bon. Il n'est rien arrivé. Oh bah on s'amusait, nous les gamins, hein, ça flottait ! C'est pour ça que je vous dis qu'on aurait mérité quand même d'être sérieusement rappelé à l'ordre, mais vous savez, à l'époque, il faut se resituer, hein : en 1955, les enfants d'Igoville, dont on faisait partie, on n'avait, quand j'en vois qui se plaignent maintenant, mais nous on n'avait absolument rien. Il n'y avait pas de terrain de sport, il n'y avait rien. Et les parents, le père et la mère, comme pour toutes les familles, travaillaient, et nous laissaient complètement libres toute la journée. Il n'y avait pas d'étude, il n'y avait pas de centre aéré, il n'y avait rien. Quand on habitait la campagne, il fallait s'occuper. Par contre il y avait un esprit de camaraderie entre nous, même s'il y avait des clans etc. qui était tout à fait différent de celui de maintenant. Parce qu'on était tous pareils, on était tous dans la même galère, on n'était pas malheureux, mais il fallait qu'on s'occupe. Quand on avait un ballon on était content. Et je me souviens à l'époque on sautait parfois, en dehors de la crue, on sautait le mur du château pour aller jouer sur le terrain. Bah on n'avait pas le droit d'y aller.
OL C'était privé donc...
GS Oui et puis même le terrain, il était réservé aux sportifs. Je me souviens même de l'endroit où on sautait, on avait trouvé un passage plus facile. Mais c'est pour ça que quand on revoit tout ça, c'est vrai... Il ne faut rien regretter mais maintenant toutes les communes ont quand même apporté aux jeunes des possibilités de s'occuper. Et donc en 1955 oui il y avait de l'eau un peu partout, mais beaucoup moins quand même qu'en 1910, hein. La crue de 1910. Et en 1955, l'eau était pas très loins des maisons qui sont rue de Lyons à Igoville, hein. Il faut savoir qu'elles sont à un niveau très bas, si bien qu'en 1984 ou 1985 quand il y a eu une autre crue de la Seine, et un gros orage, les pompiers sont venus parce que la maison de Monsieur Frétigny commençait à être inondée par les débordements, et au bout d'un moment je leur ai dit d'arrêter parce qu'ils étaient en train de pomper la Seine... C'est la raison pour laquelle, quand j'ai été élu, je tenais absolument à faire le tout-à-l'égout, parce que je connaissais les problèmes et les limites des solutions qui pouvaient être apportées. Alors les gens d'Igoville qui ne connaissaient pas ou qui ne comprenaient pas tous pourquoi il fallait engager des travaux, mais il y avait une raison. Mais la crue de 1955, moi je l'ai vraiment bien connue. C'est pour ça que je vous dis, quand on a fait des lotissement par la suite après que j'ai été élu, j'ai veillé à ce qu'on respecte bien normalement si les plans ont bien été respectés, largement la crue de 1910. Parce qu'on a toujours l'impression que ça ne va pas se renouveler et puis on s'aperçoit que malheureusement, impossible n'est pas français.
[09:22] OL Pas trop... Si des surfaces d'eau dans la plaine, oui.
GS Et puis déjà à l'époque vous travailliez, et puis parents n'ont pas été embêtés avec leur stock de bois ?
OL Je me souviens avoir vu l'eau, si, sous les bastaings, là, sous le grand garage.
GS Parce que ses parents étaient une entreprise de menuiserie. Enfin son père et son oncle.
OL Et mon grand-père. C'est mon arrière-grand-père qui a démarré. Oui ils avaient été touchés quand même, on en parlait, l'eau, tout ça, mais bon, ça ne m'a pas trop choquée, mi, trop marquée, disons.
GS Par contre, de mémoire, l'entreprise Morel de chaussures n'avait pas été atteinte. L'entreprise Morel, c'est où MDS ou MSD, à côté de Super U. Bon l'entreprise, je ne sais plus comment elle s'appelle. Donc les chaussures Morel, c'est l'ancien bâtiment, il sera reconnaissable quand vous passerez, vous verrez des toits toujours qui font comme ça, les montagnes russes. Là, ils n'avaient pas été touché par les inondations. Pour vous dire que ça devait quand même être relativement limite, par rapport à la cour du château, etc. Mais ils n'avaient pas été touchés. L'usine d'à côté non plus, Turover (et après c'est Leclerc qui a racheté pour faire le supermarché).

[11:03]
La pêche

OL Oui, la pêche, moi mon père allait pêcher, en fin de semaine, le samedi, le dimanche. Et un grand-oncle aussi qui était fervent pour la pêche.
GS Et à l'époque il y avait beaucoup de poissons. Mon père me disait, ils en pêchaient beaucoup. Ils pêchaient, je ne me souviens plus de l'espèce qu'il me disait. Il y avait beaucoup de pêche. Tout le long de la Seine. Avec alors il y avait beaucoup d'anguille.
OL Oui, des anguilles, je m'en souviens bien, parce que quand l'oncle en ramenait sa sœur n'était pas contente parce qu'il coupait en morceaux, ça remuait encore dans la poêle !
GS Et puis il y avait moyen de faire de la friture avec du goujon, etc. Mais c'était vraiment... Et chaque pêcheur avait pratiquement son coin préféré le long des berges. On savait où on descendait pour aller à la pêche, parce qu'on connaissait le fond, on savait à tel endroit un peu quel poisson allait mordre, il y avait beaucoup beaucoup mais c'était une pêche beaucoup moins professionnelle que maintenant, c'est-à-dire que les gens avaient des lignes beaucoup plus modestes, on avait une ligne, un hameçon, un bouchon, maintenant on les voit, c'est un gros matériel, d'ailleurs quand ils se déplacent...
OL C'est autre chose... à l'époque c'était le loisir.
GS Oui, le loisir, et puis ils mangeaient quand même le poisson. Parce qu'à l'époque la Seine était certainement beaucoup moins polluée que maintenant. [12:53] Monsieur Tanier, de Poses, il était pêcheur professionnel. Il y a encore Madame Durand, qui habite à Poses, qui était sa compagne. Donc il pêchait au filet pour réempoissonner les étangs. Alors il y aussi encore à Venables Monsieur Védric je crois, qui est encore pêcheur professionnel actuellement, enfin, il l'était encore il y a quelques années. Donc ce sont des permis qui sont délivrés par les services de la navigation et qui vous donnent des secteurs de pêche au filet. Alors c'est de la pêche au filet. Et donc oui j'ai bien connu, non seulement j'ai bien connu parce qu'on était bien ensemble, mais en plus de cela il était client au bureau, puisque c'était une activité imposable donc automatiquement il fallait une comptabilité et tout ce qui s'ensuit.
OL Sur Venables également ?
GS Ah il y a encore. Mais lui, si vous voulez, il avait trois ou quatre secteurs, parce que (bon ils ne se faisaient pas trop de cadeaux, les pêcheurs entre eux) les secteurs étaient répartis et ils payaient une redevance au service de la navigation. Pour avoir le droit de pêcher au filet. Mais c'est une activité très dure, hein. Parce qu'ils ne pêchaient pas avec des gros bateaux, ils tendaient les filets, ensuite c'était à la barque, hein, qu'ils remontaient. Ah oui oui oui non non, c'était physique. Et surtout en hiver, parce que au beau temps, ils avaient des problèmes pour conserver le poisson et le transporter. Donc ils avaient des camions avec des grosses citernes, mais il fallait que le poisson ne soit pas trop brutalisé, qu'il n'y ait pas trop de différences de température, ceci, cela... Et donc lui, il réempoissonnait surtout les étangs des riches propriétaires genre Rotschild et compagnie qui avaient des propriétés partout dans la région et il vendait le poisson à la tonne. Et on lui commandait ou telle sorte de poisson ou telle sorte de poisson, donc dans le filet, on n'avait pas toujours forcément le poisson qui était demandé. Ce n'était pas commandé par ordinateur ! À l'époque ils étaient trois. Maintenant, à ma connaissance il doit ne rester que Védric sur Venables. Alors, 1980. Parce que je me suis installé à Pont-de-l'Arche en 1966, et oui dans les années 1980, 1990-91, et puis après il a pris sa retraite, mais je sais que Madame Durand est toujours en vie, je l'ai rencontrée chez le dentiste... Mais lui Monsieur Tanier, c'était un monsieur qui avait beaucoup beaucoup bourlingué, qui avait participé à certains films, etc. C'était un monsieur très intéressant.

[16:04]
La Seconde Guerre mondiale

OL Oui, bon j'étais évidemment à Igoville en 1944. Et nous avons évacué à l'époque vers Saint-Adrien. Nous étions dans la chapelle, la chapelle qui est construite dans les roches, à flanc de colline. Elle existe toujours, il y a même des expositions de peinture je crois.
GS à droite en allant sur Rouen.
OL Tous les ans, il y a une association qui expose des tableaux.
GS Alors moi, je n'ai pas de souvenir de la guerre parce que étant né en 1943 mais par contre j'ai des souvenirs que m'ont expliqués mes parents, lorsque les Américains sont venus bombarder le pont de Pont-de-l'Arche, ils ont raté leur coup et ils ont complètement détruit la maison où habitaient mes parents, qui se situait au carrefour qui est maintenant le carrefour Super U. Et la coïncidence a voulu que ma mère qui était enceinte de mon frère aîné avait reçu une lettre de mon père qui était à l'armée lui disant qu'il ne fallait pas rester à Igoville. Elle était partie, elle habitait chez ses parents à Romilly-sur-Andelle. Et bien lui en a pris puisque quand elle est revenue après avoir accouché de mon frère qui est né en avril 1940, elle est revenue et elle a trouvé une maison où il y avait plus rien [17:36] sauf les assiettes qui étaient restées intactes dans le buffet, mais dès que vous y touchiez tout partait en cendres. C'était incroyable. Elle m'a raconté ça X fois, ma mère parce que c'est ce qui l'a le plus frappé, le fait qu'elle avait l'impression que tout était encore en état, et dès que vous aviez le malheur d'y toucher tout partait en cendres.
OL Mais nous nous étions partis donc d'Igoville à pied évidemment, avec une grande carriole, mais nous étions plusieurs habitants d'Igoville. Et sur la route, bon on avait des tirs de canon qui venaient de la forêt de Bord, de Pont-de-l'Arche, on les entendait et des éclats tombaient tout autour de nous. Bon, et nous avons continué donc jusqu'à la chapelle de Saint-Adrien. Je ne sais pas pourquoi nous nous sommes arrêtés là. Et nous avons couché deux ou trois nuits je crois dans la chapelle. Et nous sommes revenus c'était donc au mois d'août 1944, nous sommes revenus à pied après. Bon il y avait des Allemands, enfin notamment un, de tués sur le bord de la route. Et quand nous sommes arrivés à Igoville, donc à la maison de mes parents, les Canadiens avaient donc couché, ou je ne sais pas, ils avaient mis des couvertures aux fenêtres pour ne pas qu'on voie la lumière sûrement. Ou ils avaient dû soigner des blessés parce qu'il y avait encore des médicaments de posés sur la cheminée.
GS Moi, mes parents, d'après ce que j'en sais puisque vu ma date de naissance, ils sont allés se réfugier dans les grottes à Port-Saint-Ouen. Au pied de la descente de Port-Saint-Ouen il y a des grottes sur la droite, où il y avait dans le temps une station-service, maintenant qui est disparue. Il y avait des grottes. Ils n'y sont pas restés très longtemps parce qu'ils sont revenus dans la maison qui avait été attribuée aux sinistrés, et là ils ont connu la Libération par les Canadiens, et mon père m'expliquait que les Canadiens, comme mon père faisait du jardin, les Canadiens ne savaient pas ce que c'était que des tomates.
OL Des tomates : je me souviens.
GS Et il paraît qu'ils ont raffolé des tomates que mon père leur a offert bien gentiment. Et en compensation, à l'époque c'était très rare d'avoir un jouet, ils avaient offert une petite voiture genre voiture de course en buis à mon frère, et mon frère a toujours cette petite voiture, la petite voiture en buis qui a été offerte par Canadiens quand ils ont libéré Igoville.
OL Je me souviens bien aussi des Canadiens qui arrivaient, ils avaient traversé la Seine avec comment, des chenilles, je ne sais pas comment on appelle ça... Quand ils traversaient la Seine, ils arrivaient ?
GS Non, ils venaient de par Amfreville... Oui ils ont descend la rue des Canadiens.
OL Ah c'est comme ça. Ils passaient la rue de Porrentruy devant chez mes parents.
GS Bah oui, en descendant, ils ne traversaient pas la Seine, hein.
OL Non, j'ai entendu dire... Ils venaient de là-haut. Ah d'accord.
GS Ce sont eux qui ont libéré Igoville. C'est pour ça qu'il y a la rue des Canadiens, ils sont descendus aussi par là.
OL C'est vous qui l'avez inaugurée ?
GS Ah non, pas la rue des Canadiens.
OL Ah non !...
[20:51] GS Moi, j'ai inauguré l'impasse des Sénégalais. C'est une période beaucoup moins reluisante pour Igoville, c'est que les Sénégalais, mais c'était avant la Libération, ont été plus ou moins, enfin carrément massacrés par les Allemands à Igoville, parce qu'ils cherchaient de l'eau pour leurs chevaux et malheureusement à Igoville personne n'avait voulu leur en donner. Donc c'est une période moins glorieuse pour la commune.
OL Pour les Sénégalais, là, on les avait vus passer puisqu'ils étaient restés sur Igoville, ils couraient, ils couraient... évidemment, et puis ils les poursuivaient en side-car, les Allemands... Alors...
GS Oui et puis ils cherchaient de l'eau pour leurs chevaux. Et moi, comme je ne veux pas de conflit, mais mon père m'a dit quels cultivateurs leur avaient refusé de l'eau, hein...
OL Et donc après, ces Sénégalais, une fois qu'ils avaient été enterré à l'emplacement où ils se trouvaient, à l'époque, et ils ont été déterrés pour les réunir tous dans un terrain.
GS Dans le cimetière, derrière le Tonneau actuel, enfin non, ça ne s'appelle plus le tonneau, mais là où il y avait le café qui est à moitié abandonné.
Derrière le mur il y avait le cimetière des Sénégalais et des Canadiens.
OL Ah oui, il y a eu des Canadiens, là ?
GS Il y a eu des Canadiens, oui oui. Mais comme personne ne s'en souvenait lorsque j'ai été élu, j'ai tenu à marquer, à faire l'impasse des Sénégalais, qui conduisait au cimetière où ils avaient été enterrés, avec des Canadiens, et tous les corps ont été relevés dans les années 1960 à peu près.
OL Je me souviens étant à l'école primaire, à l'école, on allait tous les ans au cimetière où étaient enterrés les Sénégalais. Et puis notamment je reviens sur les tomates, je me souviens bien aussi, dans la cuisine des parents, on leur lançait des tomates quand ils passaient, et ils nous lançaient des barres de chocolat, des choses comme ça.
GS Oui oui oui ! C'était curieux, ils ne savaient pas ce que c'était que les tomates.
OL Et puis ils ne mangeaient pas de choses fraîches évidemment, pour eux, les tomates c'était bon, hein.

[23:09]
Les ponts de Pont-de-l'Arche

OL Vous connaissez mieux que moi. Non, enfin 1940, Il y avait un pont, ce qu'on appelait le pont de pierre.
GS Oui, voilà, l'ancien pont, qui partait du bas de la rue... Comment elle s'appelle la rue, à Pont-de-l'Arche ?
OL La rue Roosevelt. À l'époque c'était la rue de Paris, hein.
GS Oui, à l'époque ça s'appelait la rue de Paris. Elle a été débaptisée. ...Et qui traversait la Seine à cet endroit-là, et qui rejoignait la route nationale dont il reste un vestige aujourd'hui qui est propriété du potier. Donc ce pont a été détruit
OL en 1940
GS par les bombardements américains, et à la suite de ça, les Allemands ont entrepris la construction d'un pont de bois, dans le prolongement du pont d'Arromanches. Donc là, les Allemands faisaient travailler les Français. Alors le pont de bois, je ne sais pas si vous vous en souvenez, mais moi en étant gamin, j'avais la frousse de passer, hein. Parce qu'il y avait... les passages piétons étaient suspendus, sur les côtés, et quand les camions ou les véhicules passaient sur le pont tout tremblait. Ce n'était que des planches plus ou moins posées, hein, donc il y avait une vibration phénoménale. Et on était obligé d'y passer, ne serait-ce que pour aller chez le coiffeur, je m'en rappelle, c'était à peu près les seules occasions.
OL Ou alors chez le pharmacien, ou des choses comme ça, parce qu'Igoville évidemment n'avait pas de pharmacie à l'époque.
[24:51] GS Celui-ci, il n'était pas en métal ?
OL On le voit mieux là, ah oui c'était du métal. Comme le petit qui est resté.
GS Ah oui, d'accord, donc il y a eu un pont provisoire alors.
OL Oui, c'était provisoire.
GS Moi, j'ai le souvenir du pont en bois.
OL Alors c'était avant, le pont en bois, avant celui-ci, hein. Puisqu'en 1950 je passais là-dessus.
GS Je ne me souviens pas, il ne m'a pas autant frappé.
OL Oui, j'ai commencé à travailler en 1950 et je prenais en vélo, je prenais ce pont-là. Et le deuxième après, qui est au-dessus de l'Eure.
GS Ah d'accord, ils avaient fait un pont provisoire dans le prolongement du pont d'Arromanches.
OL Ah c'est celui-ci, Arromanches, c'est ça.
GS Parce qu'à mon avis, le pont d'Arromanches, c'est celui-là derrière, qui enjambait l'Eure.
OL Oui, et ça alors il ne portait pas le nom d'Arromanches alors, ah c'est possible.
GS Le pont d'Arromanches, je me demande même si le nom n'a pas été donné plus tard.
OL Ah bon... Alors moi non, je coupais, je montais la côte sur la gauche, à ce moment-là
GS au puits artésien ! Oui, le pont arrivait au pont d'Arromanches actuel, enfin là, on montait la petite côte qui donnait rue Jean Prieur, et là on arrivait directement dans Pont-de-l'Arche. Le puits artésien, c'est l'espèce d'espace vert avec certainement un réservoir à eau, etc. qui se trouve sur la gauche en montant la côte, hein, et on arrivait rue Jean Prieur, à gauche c'était la rue
OL la rue qui part vers l'église...
GS oui, la rue qui passe devant l'église
OL la rue André Antoine.
GS Oui, et en prenant à droite on passait par la rue Blin, et la rue Blin donne rue de Paris, maintenant Roosevelt
OL dans le centre.
GS Et c'était tout le problème de la circulation à cet endroit-là puisque c'était par là qu'on voulait tous aller pour aller dans Pont-de-l'Arche. [27:38] Il y avait un lavoir. Moi j'ai connu ça, il existait encore au début que je me suis installé à Pont-de-l'Arche.
[27:51] OL D'autres photos, disons que c'est la plage, autrement... Oui, ça c'est la plage au temps du pont d'Arromanches si on peut dire, et puis le pont de bois donc c'était en 1942.
GS L'emplacement du pont qui a été détruit par les bombardements, à cet emplacement-là, c'est devenu la plage d'Igoville. Tout le monde allait se baigner en Seine à cet endroit-là.
OL On se baignait, on pêchait aussi.
GS Parce que en plus de ça, contrairement aux autres berges de la Seine, la pente était douce à cet endroit-là.
OL Elle était assez grande quand même comme plage.
GS On voit bien que ça a bien une allure de plage, par rapport à des bords de Seine ordinaires. Si vous voulez ça fait un peu comme ça fait maintenant à Saint-Aubin-lès-Elbeuf ou autres choses comme ça, où il y a toujours la plage en bordure de Seine. Sauf que maintenant il n'y a plus rien. Mais beaucoup de gens y allaient.
OL Je pense... du ski nautique. Monsieur Morel, Jacques, il faisait du ski nautique sur la Seine. Et ça ça devait être juste après la guerre. J'en ai entendu parler. On disait tiens, on entendait... Il faisait je crois du ski nautique sur la Seine.
GS Après le pont de bois ça a été le pont qui a été inauguré par Mendès-France. Le pont actuel, qui a dû être inauguré en 1954-55, il y a encore la plaque. À l'époque il était était Président du Conseil, il était député de l'Eure à l'époque.
OL Madame Breham qui était maire.
GS Oui c'est la tante de Madame qui était maire d'Igoville à l'époque. Et sur ce pont-là il n'y a pas grand chose à dire sauf qu'un jour il y a eu un problème avec une barge qui s'était détachée et qui est venue taper sur une pile du pont, et ça a mis toute la région en émoi parce que, avec la circulation actuelle, s'il fallait qu'il arrive quelque chose à ce pont, je ne vous explique pas par où on passe, hein. Déjà avec le pont ce n'est pas facile de traverser à certaines heures. Alors donc là, il y avait les pompiers, enfin tout le gratin de la sécurité qui était venu vérifier que la barge n'avait pas endommagé la pile du pont. Il y a vingt ans à peu près.

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