Témoignage

M. Jean-Pierre BREVAL
maire de Herqueville

Mme Yvette PETIT-DECROIX
déléguée départementale de la Fondation du Patrimoine dans l'Eure

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[00:12] YPD Bonjour, je suis Yvette PETIT-DECROIX, je suis historienne de formation et historienne de profession également, et je suis Déléguée départementale de la Fondation du Patrimoine. Je vais essayer de vous présenter une partie du patrimoine de l'agglomération Seine-Eure, de trois villages en bordure de Seine. D'une part le village de Porte-Joie où nous sommes, qui est sur la rive gauche, et puis deux villages sur la rive droite à savoir Connelles et Herqueville.

[00:43]
Porte-Joie

Nous sommes ici dans le village de Porte-Joie. Porte-Joie est un tout petit village puisqu'il y a 140 habitants. Il a fusionné avec le village qui est un petit peu plus loin de ce côté il y a un an et demi à peu près, donc l'autre village s'appelle Tournedos, et les deux villages ensemble constituent une nouvelle commune qui s'appelle Porte-de-Seine. Alors ce village, vous le voyez, il a des maisons qui sont alignées face à la Seine. En fait, les propriétés sont limitées d'une part par le chemin de halage, que vous voyez ici, qui fait tout le long du village, et d'autre part une route qui est un petit peu plus loin derrière et qui est la route de Saint-Pierre, Saint-Pierre se trouvant de ce côté. Ce village était un village de passage. Alors de passage parce qu'on a déjà l'axe de la Seine qui était un axe marchand, très important autrefois, depuis le Moyen Âge, et puis l'autre axe est un axe de traversée de la Seine puisqu'il y avait au Moyen Âge un pont, qui a ensuite été remplacé par un bac. Ce pont et ce bac permettaient de passer du Vexin normand, donc le plateau de Vexin normand qui se trouve de ce côté, à la plaine du Vaudreuil qui se trouve de l'autre côté. Donc on est vraiment ici une position de Carrefour entre un axe qui est un axe Nord-Sud et un axe Est-Ouest, qui est l'axe de traversée de la Seine. [02:29] L'église de Porte-Joie est dédiée à Sainte-Colombe. Cette église, elle est évidemment orientée Est-Ouest, ce qui lui donne son originalité par rapport à la Seine puisqu'elle tourne le dos à la Seine. Cette petite église de Porte-Joie qui est dédiée à Sainte-Colombe en fait est un bâtiment qui est essentiellement du XVIe et du XVIIe siècle, mais on sait qu'il a remplacé un bâtiment plus ancien du XIIe siècle, et qu'à ce moment-là l'église était dédiée à Sainte-Cécile. Vous avez un très beau mur de transept constitué de moellons de silex et de calcaire mis en bandes alternées. Et en fait ça ce sont des matériaux locaux puisque c'est exactement ce dessin que l'on trouve sur les falaises calcaires de la Seine, là où encore on trouve des strates de silex et de calcaire. Sur le toit, vous voyez que les tuiles commencent à être un petit peu usées, et bien il y a un projet de restauration de cette toiture, de cette couverture, et ce projet de restauration il est en liaison avec le projet de restauration de la couverture de la mairie. Je précise que ce projet de restauration, qui est mené par la mairie, est soutenu par la Fondation du Patrimoine et qu'il y a une souscription sur cette restauration. [03:56] Regardez cette pierre intéressante parce que c'est une pierre de récupération. Lorsqu'on a construit l'église, on a récupéré cette pierre, et sur cette pierre, on voit d'une part un cadran solaire, et on voit aussi des trous dans la pierre, qui sont des trous faits par les fidèles ou les pèlerins, et ces trous c'est ce qu'on appelle des cupules. Les pèlerins ou les fidèles venaient chercher un petit peu de la pierre, soit comme souvenir, soit à but prophylactique pour se soigner. C'est ce qu'on appelle quelquefois l'aspirine du pauvre. [04:35] L'église, comme vous le voyez, est encore entourée de son cimetière ancien, et elle est toujours proche de ce très beau bâtiment qui est l'ancien presbytère, qui est un très beau bâtiment du XVIIIe siècle, et vous remarquez la petite porte de communication qui permettait au prêtre de se rendre directement dans l'église à partir de son presbytère. [05:14] Alors par cette curieuse ouverture pratiquée entre la nef et le chœur qui est ici, on peut apercevoir la statue de sainte Colombe qui donc à gauche de l'autel. C'est sa place puisque c'est la sainte dédicataire de cette église. On ne connaît pas grand-chose sur sainte Colombe sinon qu'elle a, elle aussi, été martyrisée. Un petit mot sur les vitraux qui sont du XIXe siècle, exactement de 1865 comme il est inscrit au bas de celui-ci. Ça correspond à une époque de développement du christianisme, nous sommes pendant le Second Empire (1852-1870) et tous ces vitraux ont été offerts par des donateurs dont le nom figure quelques fois sur le vitrail lui-même. Alors cette église, elle est intéressante parce qu'elle a une statuaire très très riche. Il est impossible de vous montrer toutes les statues et il y a également de très beaux tableaux, mais je voudrais vous montrer celle-ci, c'est une statue de saint Nicolas, du XVIIe siècle. Cette statue de saint Nicolas, on la retrouve dans presque toutes les églises du bord de Seine parce que saint Nicolas passait pour protéger tous les gens qui avaient affaire à l'eau, donc ici, comme on est sur un passage de la Seine, il est tout à fait normal de trouver une statue de saint Nicolas. Donc saint Nicolas, en gros protégeait de la noyade, protégeait de l'eau. C'est aussi le saint protecteur des enfants puisqu'il passe pour avoir ressuscité des enfants qui avaient été mis au saloir par le boucher, sans doute que vous connaissez l'histoire. [06:50] Derrière moi, vous voyez la mairie de Porte-Joie, qui est un ancien manoir du XVIIe siècle. Il y a également un projet de restauration de la couverture. La restauration de la mairie comme la restauration de l'église, ce sont deux projets en fait portés par la municipalité qui sont entièrement liés puisqu'on va récupérer une partie la couverture en tuiles, une partie des tuiles de la mairie pour mettre sur l'église.

[07:19]
Le domaine Renault : Herqueville et Porte-Joie

À partir de Porte-Joie, nous pouvons évoquer le domaine Renault, c'est-à-dire ce domaine agricole que Louis Renault a constitué entre 1906 et 1944. Il recouvrait 1900 hectares, 11 fermes. Il possédait ici, Louis Renault, des terres, des maisons et également donc des fermes comme je vous le disais, et le cœur de son domaine c'était Herqueville que nous voyons juste en face de nous. À Herqueville, il a notamment construit trois ensembles, tout de suite dès qu'il a eu le domaine, trois ensembles qui vont donner un sens au domaine qu'il veut faire. Alors le premier ensemble, c'est le château, donc c'est la partie que vous avez à gauche. Le second ensemble, c'est la maison des matelots : le second bâtiment, la maison des matelots. Et puis, en arrière, ce qu'on ne peut pas voir, c'est une ferme. Alors la première ferme était située en gros à droite du château et la seconde ferme, celle de 1934, qui est beaucoup plus grande, était située à gauche. Le château que vous voyez à gauche, c'est un château qui a été construit par un architecte qui s'appelle Arfvidson. Donc de 1906 à 1909, dans le style de ce qu'on peut appeler le style anglo-normand, c'est-à-dire un style qu'on peut retrouver sur la côte, par exemple à Deauville ou alors de l'autre côté de la Manche à Southampton. C'est un style assez composite, qui mêle, qui joue à la fois sur le mélange de matériaux et sur le mélange des formes. Il y a beaucoup de décrochements, y compris des décrochements un peu surprenants comme par exemple ce que vous voyez, c'est-à-dire un pignon hollandais. À droite du château vous voyez un autre bâtiment, qui est un long parallélépipède à trois niveaux : c'est ce qu'on appelle l'annexe. L'annexe a été construite en 1926, quand Louis Renault a décidé que son château était trop petit pour recevoir les invités. Les trois niveaux sont dévolus à certaines personnes, le niveau le plus bas c'est pour les loisirs, pour les sports, avec notamment une très belle piscine Art-Déco, le niveau moyen c'était les chambres des invités et sous les combles tout en haut il y avait les chambres des domestiques. En bas, vous voyez une autre maison, une maison un peu plus petite, construite juste en même temps que le château, donc en 1906-1909 qu'on appelle la maison des matelots. La maison des matelots, comme son nom l'indique, devait abriter les matelots, et devait également servir de hangar à bateaux. D'ailleurs vous apercevez d'ici le sas qui rentre dans la maison des matelots et qui permettait de hisser les bateaux et de les remiser dans le hangar qui se trouve au premier niveau. Alors cette maison des matelots servait au logement des six matelots de Louis Renault, qui composaient l'équipage de Louis Renault. Louis Renault, grand amateur de yachting, il possédait plusieurs yachts, également des bateaux plus petits, comme des vedettes, des skiffs par exemple, des bateaux à moteur ou des bateaux pour l'aviron. Grand amateur de bateaux, c'est pour ça d'ailleurs en partie que Louis Renault s'est installé à Herqueville, c'est parce qu'il y avait la Seine et qu'il pouvait naviguer sur la Seine. [11:11] Nous allons maintenant aller sur le chemin de halage de Porte-Joie pour voir les différentes maisons qui bordent ce chemin de halage, et ces maisons appartiennent toutes à Louis Renault, y compris la première que nous voyons qui était la maison qui était louée à un de ses collaborateurs qui s'appelait Roques, et cette maison, on voit très bien qu'elle est composée de deux maisons qui ont été réunies par un petit bâtiment avec un toit en chapeau de gendarme, et ça c'est un des marqueurs identitaires du domaine Renaud, ces toitures en forme de chapeau de gendarme, les pans de bois et des fenêtres à petit bois. [12:02] Alors voilà une autre maison qui appartenait à Louis Renault : le clos Portjoie, qui était loué à des amis de Louis Renault, donc le comte de Flers, et cette maison a été transformée, mais on reconnaît encore un élément particulier du domaine Renaud, c'est la grosse cheminée à rebord taluté que vous voyez tout en haut du toit. [12:32] Alors voilà une autre maison qui appartenait à Louis Renault, qui était louée à un de ses collaborateurs qui s'appelait Samuel Guillelmon. Cette maison, à l'origine, c'est une simple bâtisse en moellon de calcaire, et vous voyez que Louis Renault l'a complètement rhabillée, notamment avec cette galerie au rez-de-chaussée et à l'étage qui entoure la maison sur trois côtés. [13:16] Alors, une autre maison Renault derrière moi, c'est la Bergeronnette, la Bergeronnette était louée un monsieur Verdure qui était le chef des ateliers de fonderie de l'usine Renault. Cette maison, là encore c'était une maison relativement simple, Louis Renault l'a transformée, notamment en mettant un bow-window sur le côté et en faisant des ouvertures en anse de panier, c'est-à-dire avec des arcs surbaissés au rez-de-chaussée et à l'étage. Alors derrière moi donc se trouve la plage, c'est-à-dire à Herqueville, ce qui est devenu le centre du village. Toutes les maisons de la plage appartenaient à Louis Renault. Il a fait aménager la descente pour pouvoir amarrer ses péniches, les péniches qui faisaient l'aller-retour entre Boulogne-Billancourt, ses usines, et son domaine agricole d'Herqueville, puisque Boulogne-Billancourt fournissait des matériaux, des machines-outils et que le domaine agricole fournissait de la nourriture à l'usine de Billancourt. De la plage partait également un bac. À l'époque de Louis Renault, le bac a d'abord été à moteur, et ensuite ça a été un bac électrique, et le bac qui reliait donc les différentes parties du domaine entre la rive droite et la rive gauche de la Seine aboutissait un tout petit peu plus loin ici, face au Chemin aux Errants. Ici à Porte-Joie, le Chemin aux Errants montre justement que c'était un lieu de traversée de la Seine pour les errants, c'est-à-dire ceux qui voyageaient et qui venait du plateau du Vexin normand jusqu'à la plaine du Vaudreuil un peu plus loin. [15:03] Nous sommes toujours le long de la Seine et nous arrivons à la grande ferme de Porte-Joie qui appartenait à Louis Renault. Cette grande ferme est constituée de plusieurs bâtiments, dont des bâtiments anciens, par exemple ces deux pavillons qui sont du XVIIe siècle, que Louis Renault a fait rejoindre par un bâtiment qu'il a fait construire. Sur ce bâtiment-ci, il y a quelque chose d'intéressant, c'est la couleur des huisseries, avec notamment sur ces fenêtres le verre dit "verre Billancourt", c'est-à-dire la couleur de la peinture verte fabriquée aux usines de Billancourt pour tout le domaine et qu'on retrouve absolument sur toutes les huisseries de tout le domaine. Un bâtiment du XVIIe et XVIIIe siècle c'est celui-ci, et cette entrée qui est une entrée typiquement Renault. Vous retrouvez la forme de chapeau de gendarme au-dessus de la porte, et cette porte est une porte elle aussi typiquement Renault, un marqueur identitaire du domaine puisqu'elle est en chêne avec des gros clous en fer forgé de forme carrée qui viennent en fait solidifier la porte en question. Ces portes on en trouve encore beaucoup sur tout le domaine.

[16:31] JPB Bonjour je suis Jean-Pierre BREVAL, le maire de la commune d'Herqueville. Donc je suis devant cette petite mairie et je suis maire depuis 1989, arrivé au conseil municipal en 1983, et puis depuis je suis toujours le maire de la commune. Donc cette petite mairie, qui a été construite dans les années 1935-36 par Louis Renault, le constructeur automobile. Nous l'avons gardée comme mairie symbolique mais elle sert quand même pour les mariages, pour les pour les élections. Vous aurez l'occasion de connaître tout ce qui concerne notre ville.
YPD D'aller voir l'église, et la plage.
JPB Voilà. On a également une partie de la commune qui se trouve sur le côté Est de la commune, donc le lotissement La Plante. Il y a une petite salle des fêtes, donc une salle qui avait été construite par le fils de Louis Renault, Jean-Louis, et l'école. Louis Renault est aussi inhumé au cimetière d'Herqueville. Le fils Jean-Louis a eu beaucoup d'activités aussi ensuite, donc il a fait construire la zone industrielle qui est juste derrière nous, le lotissement La Plante. Cette petite commune qui surplombe la Seine d'ailleurs, quand Louis Renault est arrivé à Herqueville, il est passé sur la Seine en bateau, et ça l'a complètement attiré. Vous arrivez à Herqueville, il n'y avait que les habitations qui sont en bord de Seine.
YPD Oui, avec quand même quelques habitations ici qui étaient les fermes, quelques fermes et quelques maisons, la rue principale du village qui était comme ça et qui descendait sur le bord de Seine, au lieu-dit La Plage.
JPB Par ce qu'on appelle la Croix de Pavé.
YPD Voilà.
JPB On l'appelle actuellement comme ça, elle était reliée avec la départementale 65 qui va vers la commune de Muids.
YPD C'est ça. Renault a complètement transformé le site du village puisqu'il a fait construire cette très belle ferme que l'on voit ici. Il a racheté toutes les terres et toutes les maisons du village qui se trouvait là, y compris l'ancienne mairie qu'il a fait démolir. Il a donc fait construire celle-ci en remplacement en 1934 sur les dimensions exactes de l'ancienne mairie. [18:54] Alors la première chose que nous trouvons dans cette mairie, ce sont les armoiries d'Herqueville. Monsieur le Maire...
JPB Oui alors donc il est ici, il a été sculpté sur bois par notre directeur d'école qui a été de 1963 à 1999, le directeur de notre école d'Herqueville. Donc il l'a sculpté sur du bois massif, et ce blason, Madame Petit, je vais vous laisser raconter l'histoire peut-être. Des merlettes d'or et du porc-épic, et bien entendu le losange qui est dans le milieu qui est...
YPD Le losange de Louis Renault. Alors ces armoiries représentent des symboles des trois seigneurs d'Herqueville, deux seigneurs de l'Ancien Régime, à savoir Enguerrand de Marigny, qui est représenté par trois petites navettes, un autre seigneur du XVIIIe siècle qui est le chancelier de Maupeou, représenté par le porc-épic, et puis évidemment le seigneur, mais moderne cette fois-ci, le seigneur du XXe siècle, Louis Renault, qui est représenté par le losange de sa marque d'automobile. Ce qui est intéressant dans ces armoiries, c'est effectivement le losange de Louis Renault, qui se trouve être un meuble héraldique, qu'on appelle "macle" et qui justement correspond à un losange. Alors l'intérieur de cette petite mairie est exactement aux dimensions de l'ancienne mairie que Louis Renault a fait détruire et la disposition est exactement la même. C'est-à-dire qu'on a bien une table centrale, une cheminée et quatre armoires d'angle. Une de ces armoires d'angle, par un judicieux système de rideaux, est en fait l'isoloir pour les élections. La mairie d'Herqueville peut s'enorgueillir d'avoir une Marianne qui n'est pas semblable aux autres. La voici, elle a été sculptée par un ami de Louis Renault qui s'appelle Fix-Masseau, donc au milieu des années 1930 à peu près, et elle est tout à fait dans le style de l'époque, c'est le style Art déco. Autre particularité de cette mairie, c'est cette énorme cheminée pour une toute petite mairie. En fait cette cheminée ressemble plutôt à une cheminée d'un château, et pour cause, elle a été faite par les menuisiers de Louis Renault, Lucien et Emile Boulangeot, sur un modèle d'une cheminée d'un château. [21:48] Avant de quitter cette petite mairie, regardons un petit peu son style qui est tout à fait le style Renault, avec notamment des murs en silex et en pierre calcaire, avec un jeu entre les silex et le calcaire avec ces damiers qui sont représentés, et puis un toit à petites tuiles plates en forme de chapeau de gendarme comme on en trouve sur beaucoup de bâtiments de Louis Renault. Et enfin, la mairie est entourée d'un petit mur, là encore en pierre calcaire sur un soubassement de silex et le chapeau du mur est avec des silex disposés normalement en écailles de poisson. [22:30] Nous sommes devant la petite église d'Herqueville, qui est une église rurale, toute simple. En fait elle est composée de trois parallélépipèdes pour d'une part la nef, ensuite le chœur qui se termine par un chevet plat, et ensuite la sacristie. Cette église date essentiellement du XVIe et du XVIIe siècle, sans doute qu'il existait une église plus ancienne, et cette église doit beaucoup à Louis Renault. [23:06] Cette église doit beaucoup à Louis Renaud, comme je le disais, elle lui doit notamment cette très belle porte typique des bâtiments faits par Louis Renault avec ses gros clous renforcés à tête carrée sur des portes en général en chêne, très épaisses comme vous pouvez le voir. Cette église comporte des éléments anciens, comme vous le voyez notamment les deux Christ en croix qui sont devant nous, mais cette église doit encore à Louis Renault les trois autels, donc les deux autels latéraux, notamment, l'autel majeur qui est en bois sculpté avec des personnages ou des animaux, des oiseaux surtout, dans des médaillons. Et puis l'église doit aussi à Louis Renault sa voûte lambrissée, et vous voyez que le motif qui est représenté en pyrogravure, c'est, ce sont justement des losanges. Tous les lambris le long des murs sont de l'époque de Louis Renault, avec celui-ci qui est dans le style médiéval, qui est traité en plis de serviette. Et Louis Renault avait fait installer dans l'église un chauffage. Donc dans les années 1930, l'église d'Herqueville devait être une des rares églises de la région à avoir un chauffage, donc alimenté par un calorifère qui est à l'extérieur, et ces grandes bouches de chauffage que vous avez à vos pieds. [24:50] Nous sommes ici au lieu-dit La Plage à Herqueville. Donc ce lieu s'appelle La Plage parce que c'était là qu'on pouvait accoster un certain nombre de bateaux. C'était là aussi que se trouvait autrefois le bac qui reliait Herqueville à Porte-Joie qui est juste en face. Et pour accoster les bateaux, Louis Renault avait pavé cette descente avec les gros pavés que vous voyez à nos pieds. Toutes les maisons de La Plage appartenaient Louis Renault. Elles existaient toutes avant qu'il n'arrive. Il les a rachetées, il les a transformées, il les a rénovées, il les a restaurées. Parmi les maisons de La Plage, je vais vous en montrer trois. Donc d'abord celle-ci, qui est la plus grande, la plus belle. Elle a été restaurée par Louis Renault et on voit encore justement sur la façade ce jeu de damier entre les silex et les pierres calcaires. Elle abritait la famille Chiozzotto. Tous les membres de la famille Chiozzotto ont travaillé pour Louis Renault, et une partie de cette famille est enterrée au cimetière d'Herqueville, à côté de Louis Renault. [26:06] Cette seconde maison appartenait évidemment à Louis Renault. Il y logeait une autre famille, qui est la famille Boulangeot, les Boulangeot étant les menuisiers de tout le domaine, qui ont fait toute une partie des charpentes des maisons et une partie de la décoration intérieure du château. [26:25] Cette troisième maison qui est derrière moi, c'était la maison de Fix-Masseau. Là encore elle existait, Louis Renault l'a achetée, l'a fait transformer puisque vous voyez une avancée de cette maison qui est organisée en fait en atelier pour Fix-Masseau, celui qui a notamment sculpté la Marianne de la mairie d'Herqueville. [26:47] Derrière moi vous voyez une des entrées du domaine Renault. Donc cette très belle arche qui est fermée par une porte, elle aussi en chêne comme toutes les portes du domaine Renault. Cette porte dessin un motif de feuille de fougère. Sous l'arche vous voyez partir un petit chemin qui grimpe, qui grimpe jusqu'à une toute petite maison qui est là-haut, qui s'appelle le Perchicotin, et cette maison était la maison, la résidence du beau-frère de Louis Renault qui était Jacques Muller, et qui était peintre.

[27:22]
Connelles

Nous sommes maintenant dans le village de Connelles, donc sur la rive droite de la Seine. Connelles est un petit village d'un peu plus de 200 habitants. Il est situé sur un axe de passage là encore, puisque nous avons toujours l'axe de la Seine qui est un axe Nord-Sud, et l'axe Ouest-Est, il est juste derrière le clocher de l'église, c'est un petit chemin qui remonte dans la vallée, la vallée de Daubeuf, puisque là nous sommes à la jonction de deux vallées : la Seine d'une part et puis la vallée de Daubeuf avec un ruisseau intermittent qu'on appelle la Radine. Connelles est connue pour ses falaises. Il y a beaucoup de falaises un petit peu plus loin en bordure de Seine, il y a aussi cette falaise qui est tout à fait typique puisqu'elle se relève légèrement sur la gauche, et elle, en fait elle a une forme de corne, "Cornella" autrefois, et c'est sans doute l'origine du nom du village. Alors cette falaise est intéressante aussi parce qu'elle a été habitée, puisqu'en bas de la falaise il y avait des pièces troglodytes qui existent toujours, dont un four à pain. Et tout en haut de la falaise vous remarquez une grande percée qui se dirige vers la Seine et qui devait servir de poste d'observation. Et puis dernière chose, au milieu de la falaise, également sur la gauche, il y a un colombier avec encore à l'intérieur tous ses boulins. [29:15] À côté de l'église, il y a une grande ferme qu'on appelle tout simplement la ferme de l'église, qui était autrefois la propriété de grands seigneurs, et en 1926 Louis Renault a acheté cette ferme et l'a complètement transformée en faisant construire les deux grands bâtiments le long de la rue que vous voyez derrière moi. Il a trouvé des bâtiments déjà existants bien sûr, il a trouvé notamment le manoir qui est juste derrière moi, qui est un manoir du XVIIIe siècle. Il en a fait le logement du fermier en y apportant, on est en 1926, l'eau courante et l'électricité, et il y avait même des salles de bain. Il également transformé le bâtiment que voyez un petit peu plus loin à pan de bois, qui est un manoir du XVe siècle. [30:06] Ce manoir, Louis Renault l'a trouvé et il l'a sauvé puisqu'il a mis une couverture, certes en tuiles mécaniques, mais il a sauvé le bâtiment, et puis il a organisé des logements pour les ouvriers agricoles et également une porcherie sur la partie droite du bâtiment, donc il en a fait un bâtiment agricole. [30:28] Alors le cœur du village, c'est l'église. Cette église vous voyez qu'elle a un clocher du XVIIe siècle qui penche. Il y a des projets de restauration de ce clocher et une souscription avec la Fondation du Patrimoine. Les travaux vont sans doute commencer dès 2019 donc dès cette année. L'église, elle est en grande partie du XVIe siècle, mais on verra qu'il y a des traces d'une église plus ancienne qui date du XIIe siècle. [30:55] L'église de Connelles possède encore son ancienne chambre de charité, c'est le petit bâtiment presque carré que vous voyez juste derrière moi, puisque il y avait une confrérie de charité, sans doute depuis le Moyen Âge, enregistrée en 1480, réenregistrée au XIXe siècle, et qui a disparu sans doute entre les deux guerres, faute de frères de charité. [31:33] Au fond de l'église se trouve la chambre de charité, où nous nous rendons maintenant. Dans cette chambre de charité, construite au XIXe siècle, on voit encore quelques éléments de la charité de Connelles, qui a existé depuis le Moyen Âge et qui a perduré sans doute, avec des vicissitudes comme par exemple pendant la Révolution, jusqu'entre les deux guerres et elle a disparu faute de frères servants, dans la mesure où la guerre a ponctionné des gens susceptibles d'être évidemment frères de charité, et aussi parce qu'a commencé à partir des années 1930 un exode rural qui a supprimé des frères de charité certainement. Les charités, c'était des associations de laïcs, qui existaient depuis le Moyen Âge, notamment pour assurer les inhumations, pour que ces inhumations soient décentes et qu’hommage soit rendu aux morts qu'on enterrait. C'était elles qui enterraient les morts, qui se chargeaient d'enterrer même les gens morts d'une épidémie, et qui participaient aussi en grande partie à la liturgie, et les charités ont joué un rôle également au XVIe siècle, au moment de la Contre-Réforme dans la lutte contre le protestantisme. Elles ont disparu très souvent pendant la Révolution, pas longtemps, parce qu'on s'est aperçu qu'elles avaient un rôle à jouer, évidemment toujours à enterrer les morts, donc elles sont très vite réapparues dans les années 1800-1810. Elles se sont développées beaucoup pendant le Second Empire, c'est-à-dire à une époque de regain du christianisme jusqu'à après la Première Guerre mondiale et quelquefois la Seconde Guerre mondiale. Dans l'Eure aujourd'hui, il y a encore 120 charités en activité. C'est le département de l'Eure qui est le plus représenté pour ces charités, et les charités c'est quelque chose de tout à fait spécifique à la Normandie, ça n'existe pas dans les autres les régions de France, même s'il y a quelques comparaisons à faire par exemple avec les charitables de Dunkerque. Chaque année une charité nouvelle se crée, et elles sont toujours pour fonction d'aider les familles dans les moments difficiles, c'est-à-dire lors de funérailles. La Fondation du Patrimoine aide ces confréries de charité puisqu'une convention a été signée il y a deux ans et chaque année la Fondation du Patrimoine aide deux charités à restaurer des éléments qu'elle possède : soit bâton de charité, bannière, chaperon, tout élément qui appartiennent aux charités. Cette tintenelle, dont le manche a été cassé, c'est une tintenelle du XVIIIe siècle certainement. Il y a une fleur de lys. En fait, toutes les processions étaient précédées d'un frère qu'on appelait le teint tintennelier, qui avait deux cloches et qui rythmait la marche des processions ou des enterrements avec les cloches en question, qui avaient un ton légèrement différent l'une de l'autre. Dans cette petite chambre de charité, où les charitons se réunissaient, mais surtout où ils gardaient tout ce qui leur était utile, il y a encore quelques éléments de cette charité, comme par exemple cette hampe de torchère, puisque les toutes les processions de charitons se faisaient avec des torchères comme celle-ci. [35:22] Autre élément de la charité, c'est cette bannière, qui a été faite comme vous voyez en 1859. Ça n'est pas la date de fondation de la charité de Connelles puisqu'elle existe depuis le Moyen Âge, et que les plus vieux textes l'attestent depuis 1480. C'est l'année où elle a été enregistrée. C'était une charité de saint Vaast, donc là vous avez la représentation de saint Vaast en évêque, donc évêque d'Arras, c'est une bannière qui est en soie, toute brodée, évidemment très abîmée. Ce qui est intéressant à voir c'est qu'elle a été restaurée. Quand je ne sais pas, mais avec une restauration pas très très fine puisqu'on voit bien que le visage de saint Vaast a été refait avec deux éléments de papiers peints. Aux pieds de saint Vaast, vous remarquerez ce qui doit représenter normalement son ours, mais un ours qui est représenté vraiment de façon tout à fait naïve. [36:29] Encore un élément de la charité de Connelles. Celui qui est peut-être le plus beau, c'est cette petite statuette de saint Vaast, représenté encore avec son ours. Cette statuette, elle était destinée à être mise sur une hampe et constituait en fait un bâton de procession. Cette statuette de saint Vaast, cette statuette de la charité de Connelles, elle a une histoire parce qu'en fait elle a été confiée par une municipalité de Connelles pour être restaurée en 1972, et elle a été récupérée par la commune de Connelles en 2010. Parce qu'entre temps, plus personne ne se souvenait que cette statuette avait été donnée à la restauration. Elle a été restaurée par les ateliers Legrand qui ont fait un travail admirable notamment en redonnant de la couleur et en restituant la tête qui avait disparu. Alors l'ours qui est représenté avec saint Vaast, en fait, évidemment c'est une légende cette histoire d'ours dans la cathédrale d'Arras. Mais en fait l'ours est le symbole des bêtes noires, et le symbole du paganisme, et évidemment saint Vaast qui apprivoise l'ours, c'est la signification de sa victoire sur le paganisme bien évidemment. [38:02] Encore une statue intéressante dans l'église de Connelles, c'est la statue de saint Nicolas. C'est une statue en pierre du XVe siècle, qui a gardé là encore sa polychromie, notamment le doré, que l'on trouve à l'intérieur de quelques plis. Il y a également du bleu ici. Cette statue a été dehors pendant très longtemps dans la niche qui est à l'extérieur de l'église. Elle a été rentrée à l'intérieur de l'église et je pense que c'est une bonne idée. Malheureusement elle était fragilisée et c'est vrai que nous possédons des éléments de cette statue, comme par exemple ici évidemment la main de saint Nicolas, et puis des éléments également des enfants, donc les enfants qui sont représentés dans un saloir puisque saint Nicolas aurait ressuscité trois petits enfants qui avaient été tués par un méchant boucher. À mon avis c'est une grosse plaque qui doit venir là, comme ça, d'un enfant qui sort du baquet, avec une jambe qui est déjà dehors. [39:04] Autre trace visible de la charité de Connelles, c'est cette pierre qui était apposée sur le tronc de la charité, puisque les charités vivaient des cotisations, disons, apportées par les membres et également des dons que pouvaient leur faire les fidèles. [39:24] Alors dernier élément montrant vraiment l'existence d'une charité à Connelles, c'est ce chaperon de chariton. Le chaperon, c'est le signe distinctif des charitons, ils portent cette espèce d'étole sur l'épaule gauche pour les enterrements et pour les processions. Ce chaperon, et bien je l'ai acheté sur eBay il y a une dizaine d'années, tout à fait par hasard. Régulièrement, c'est vrai qu'on voit des chaperons en vente, soit sur les foires à tout, soit sur les marchés à la brocante, soit sur eBay. Il date sans doute du début du XXe siècle. Il est beaucoup moins travaillé, beaucoup moins brodé que les chaperons de charitons que j'avais trouvés en 2005 sous la cloche du clocher, et qui eux sont très très abîmés et ne sont même pas montrables. Le chaperon comporte deux côtés. Sur ce côté vous voyez noté "Charité de Connelles", donc on ne peut pas se tromper, il y a des broderies au fil d'argent ici. Et de l'autre côté, dans ce qu'on appelle l'oeil du chaperon vous avez "IHS", c'est-à-dire "Iesus Hominum Salvator", c'est-à-dire "Jésus Sauveur des Hommes", et la représentation de saint Vaast, puisque la charité avait comme saint patron, le saint patron de l'église, à savoir saint Vaast.

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Voir aussi
Témoignage de M. Paul EMAER, habitant d'Herqueville

Témoignage de M. Patrick GOGOL, habitant de Connelles

Témoignage de M. Alfred LEFEVRE, habitant de Saint-Pierre-du-Vauvray, ancien employé du domaine Renault à Herqueville

Témoignage de Mme Barbara LUTTWAY, habitante de Porte-de-Seine

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