Témoignage

M. Paul EMAER
habitant d'Herqueville

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[00:12] Bonjour, je m'appelle Paul EMAER, je suis un des habitants d'Herqueville et passionné d'histoire. Pour moi, la Seine... j'ai découvert la Seine quand je suis arrivé à la retraite. J'ai pris ma retraite ici en 2000 et donc on avait cherché une maison dans le coin, et donc on est devenu propriétaires d'une maison à Herqueville en 1998. Juste pour, la première chose que j'ai vue en arrivant, c'est la finale de la Coupe du monde de 1998 en juillet ! le 12 juillet 1998. Alors, découvrir la Seine ici, mais la région est magnifique ! Le lit de la Seine entre Las Andelys et Poses, et Rouen, c'est d'une splendeur... Moi je fais souvent du vélo sur le bord de la Seine, je fais le tour par le barrage de Poses et je reviens de l'autre côté... et c'est extraordinaire. J'ai fait plusieurs fois aussi des promenades en bateau, c'est magnifique. Donc on a vraiment une chance inouïe d'avoir ce fleuve, ces paysages et les maisons qui l'entourent, les constructions... Un village comme Porte-Joie, ces maisons anciennes, tout ça, ils ne sont peut-être pas à l'abri des inondations mais c'est quand assez extraordinaire. Le coin est superbe.

[01:38]
Herqueville avant Louis Renault

C'est le village d'origine en bord de Seine. Toutes ces maisons ont appartenu à Louis Renault. Il avait tout racheté. C'est le village d'origine qui s'est construit à l'endroit où il y avait un bac. Au Moyen Âge il y avait un bac qui traversait depuis Porte-Joie à Herqueville et qui montait après vers le Vexin normand et le Vexin parisien. C'était la route directe. [02:09] Le bâtiment qui est devant nous, c'est tout ce qu'il reste du château d'origine du seigneur d'Herqueville avant Renault. Ce bâtiment a été réaménagé par Louis Renault pour y faire vivre sa nièce par alliance. Louis Renault a eu deux nièces, l'une pour qui ça c'était son logement pour elle, et l'autre c'était le Home de la vallée qui est derrière, on le verra tout à l'heure, qui est aussi la nièce par alliance, celle qui était mariée avec François Lehideux qui sera directeur général des usines Renault de 1930 à 1940 et après qui sera Secrétaire d'État du Gouvernement de Vichy, et qui s'est à cette occasion-là fâché avec la famille Renault. Vous voyez, à l'époque où le château seigneurial d'Herqueville était là, c'était l'entrée principale, et vous aviez l'allée en face du château qui était ici. Avant la Révolution le château appartenait au chancelier de Maupeou, dont le père et le fils ont été tous les deux ministres des Finances de Louis XV. Ce qui est important de savoir, c'est que ces deux maisons, pendant la guerre, ont été utilisées comme des homes pour enfants. Dès 1939, dès le début de la guerre, la femme de Louis Renault a organisé dans ces maisons l'hébergement des enfants des ouvriers des usines de Billancourt pour d'une part éviter le risque de bombardement et puis pour les nourrir, les mettre au grand air et tout ça. Et ces homes d'enfants vont exister jusqu'à la fin de la guerre en 1944. Donc cette maison appelée le Home de la vallée a été construite par Louis Renault pour son neveu par alliance François Lehideux, qui était marié avec la nièce, avec la fille de Marcel Renault. Marcel Renault, c'est le frère aîné de Louis Renault, et il sera tué en course automobile en 1903. Donc Louis Renault a récupéré de sa nièce qu'il a élevée, et c'est pour elle qu'il a fait construire cette maison quand elle s'est mariée avec François Lehideux qui est devenu directeur général des usines Renault pendant dix ans avant la guerre.

[04:59]
Le domaine à Herqueville

Alors imaginez : Louis Renault arrive pour la première fois ici en 1905. Il passe en bateau sur la Seine, parce que l'une des passions de Louis Renault, en dehors de la mécanique, c'est aussi les bateaux et la chasse Il passe ici en 1905 en se promenant avec son yacht, il découvre un château en haut de la colline, en haut de la falaise, et il a le coup de foudre. Le château s'appelle La Batellerie, il a une surface de terrain de 425 hectares, et en 1906 Renault achète La Batellerie et ses 425ha. Il fait détruire le château qu'il y avait et il fait construire, en plusieurs étapes, le château que l'on voit aujourd'hui. lors le château proprement dit, c'est le bâtiment à gauche, et le bâtiment à droite c'est un bâtiment annexe, c'est l'annexe du château, qui est reliée au château par une allée couverte. Dans l'annexe, vous avez en bas la piscine, et au-dessus des chambres d'amis pour ses invités, et au-dessus sous les toits, les chambres des domestiques. Parce que les amis, quand ils viennent, évidemment ils avaient leur domesticité, il fallait les loger aussi. Et la maison que vous voyez en bas, ça s'appelle Les Matelots, c'est la maison que Renault a construite pour l'équipage de son yacht. Donc les marins de son yacht habitaient dans cette maison qui donne directement sur la Seine, on pouvait rentrer (on peut toujours faire rentrer) sous la maison des bateaux. Des petits bateaux. Toutes les maisons que vous voyez sur Herqueville ont appartenu à Louis Renault. Toutes. Et des gens qui travaillent pour lui y logeaient, et la première maison qu'on voit, la petite maison assez basse, là, c'est là qu'habitait Fix-Masseau, le sculpteur. [07:18] Ici commence le domaine Renault, à partir de là. C'est encore la propriété de la famille Renault, ça. Jusqu'à la mairie, c'est la propriété de la famille Renault. On est devant l'entrée principale du domaine Renault avec l'entrée qui va au château. Tout à l'heure on a vu l'autre entrée qui était à la ferme, ici c'est celle du château avec la maison du gardien et là à côté c'était les garages pour les véhicules Renault. Alors maintenant tout ça appartient à des Anglais. Alors en face, vous avez la zone industrielle qui a été créée par Jean-Louis Renault, le fils, mais sur l'emplacement de l'aérodrome de Louis Renault. Il avait son terrain d'aviation avec deux pistes, une Nord-Sud, une Est-Ouest, deux pistes en herbe. Des avions de l'époque, avant guerre, pouvaient se poser là sans problème. Parmi les invités qui sont venus et qui ont utilisé ce terrain d'aviation, il y a le roi d'Espagne, Alphonse XIII il me semble, et puis d'autres aussi quoi... Renault avait peur de l'avion, donc lui, ce n'était pas un utilisateur d'avions, mais par contre ses invités l'ont souvent utilisé. Parce que Louis Renault avait le don d'inviter des gens à passer le week-end ici à Herqueville dans son château, pour la chasse. C'était un passionné de chasse. Donc les forêts qui étaient derrière étaient très giboyeuses. C'est une des raisons pour lesquelles il a acheté ici, c'est le fait qu'il pouvait chasser sans problème, y compris du gros gibier. Et puis là, donc, il a aménagé sur l'endroit le plus plat cet aérodrome qui a servi jusqu'à la guerre. [09:20] Il avait sa maîtresse Jeanne Hatto qui était une actrice de théâtre, elle avait sa maison. Renault lui avait fait sa maison en face sur Porte-Joie. La famille Renault n'était pas à l'abri non plus de maîtresses, tout ça, c'était un peu la mode de l'époque... [09:43] Parmi toutes les fermes de Louis Renault qu'il avait sur son domaine, son travail a toujours été de spécialiser ses fermes. Celle-ci, la ferme de Daubeuf, était spécialisée dans l'élevage des poulets. Et c'est toujours le cas. Les maisons que vous voyez là, c'est pour l'élevage de poulets. Alors évidemment en plein hiver ils sont à l'abri. Alors que la ferme maintenant n'a plus rien à voir avec la famille Renault... Les fermes ont été vendues les unes après les autres par la famille Renault après la guerre. [10:18] Voici les bornes qui marquent les limites des propriétés du domaine Renault, marquées du "R" de Renault. Ici, après tout de suite la falaise descend vers la Seine, on est en limite de propriété. On arrive à Muids. Renault, qui était un chasseur acharné, avait acheté d'ailleurs la propriété ici parce qu'il y avait beaucoup de gibier, et donc il organisait des chasses, il invitait beaucoup de gens à ses chasses, et pour que le gibier soit conséquent et qu ses invités soient contents, il avait fait installer des barrières pneumatiques tout autour de la forêt, qui séparaient la forêt de la plaine qui arrive devant le château d'Herqueville. Ces barrières pneumatiques étaient commandées depuis le château. Il faisait relever ces barrières, il ameutait ses ouvriers et tout ça pour faire partir le gibier, amener le gibier vers les barrières, puis à son signal les barrières étaient abaissées, le gibier partait dans la plaine où les chasseurs l'attendaient. Alors inutile de dire que Renault était toujours au meilleur endroit pour avoir le meilleur résultat quoi... il faisait un carton évidemment. Il savait que le gibier allait lui arriver dessus. Donc c'était une chasse très organisée. Mais on retrouve encore dans la forêt des restes de barrières pneumatiques, on trouve des pièces, fabriquées d'ailleurs à l'usine de Billancourt, des petites pompes pneumatiques qui faisaient baisser et remonter les barrières. C'est extraordinaire.

[12:26]
Le domaine à Porte-Joie et Tournedos

Le château Renault. Il y avait d'autres maisons qui ont été construites aussi de ce côté-ci de la Seine. Louis Renault, il y a trois étapes : 1905, il arrive, il achète le château, 425 hectares, et il n'aura de cesse que d'agrandir son domaine, à chaque fois qu'il y a un terrain à vendre il l'achète, une ferme à vendre, il l'achète, donc il a eu jusqu'à une dizaine de fermes et son domaine est monté jusqu'à 1900 hectares au total. Alors c'est vrai qu'il a spécialisé les ferme dans l'élevage, dans les moutons, dans le beurre, les œufs, enfin chaque ferme était un peu spécialisée. Il a mené son domaine comme il a mené ses usines automobiles, avec modernisme : remplacer les chevaux par des tracteurs, et puis spécialisant, pour améliorer le rendement de ses fermes il les a spécialisées. À la fin il restait cinq ou six fermes. Il a regroupé les fermes, tout ça, et il a racheté aussi des fermes sur cette rive gauche, sur Porte-Joie ici et sur Tournedos, il y a des fermes qui ont appartenu aussi à Renault. Donc jusqu'aux années 1930, son domaine s'est développé comme ça. Au début des années 1930, il a eu la chance que le seigneur d'Herqueville, celui qui habitait le château d'Herqueville qu'on a vu tout près de l'église, a enfin accepté de vendre. Parce que ça c'est un domaine qui coupait en deux le domaine de Renault et ça faisait tache. Donc Renault enfin a réussi à le convaincre de lui vendre son château. Donc là, les 2000 hectares de domaine, ça ne faisait plus qu'un seul morceau, donc c'était parfait. Et à partir de 1930, Renault a engagé des gros travaux d'aménagement. C'est là que la petite mairie s'est trouvée prise dans son parc à lui, donc il a fait construire la nouvelle mairie en 1935. Tous ces aménagements, tous ces agrandissements, se sont trouvés pas anéantis mais bloqués par la guerre de 1939.

[15:42]
Une signature architecturale

Nous sommes ici devant une des entrées du domaine Renault, c'est l'entrée de la ferme qui était jointe au château, qui est derrière et qu'on ne voit pas d'ici. Et on est juste au carrefour aussi où il y a la mairie, la petite mairie d'Herqueville construite par Louis Renault dans les années 1935, pour la bonne raison c'est que quand il a fait son domaine ici, la mairie qui était sur la route qui allait de Muids au bord de Seine à Herqueville passait par ici. Et la mairie se trouvait sur cette route, donc quand il agrandi son domaine, Louis Renault a mis la mairie dans son domaine ! Donc il a fait détruire la mairie et il en a fait construire une autre à ses frais, dans cette petite mairie-là. Donc c'est vraiment le style Renault, les pierres, la couleur, la forme du toit, c'est vraiment du style Louis Renault. L'architecture de Louis Renault, c'est ça. Vous remarquerez une chose : tous les bâtiments Renault ont des cheminées qui sont typiques, c'est la signature de Louis Renault. Les chapeaux en béton, en ciment, en haut des cheminées. Toutes les constructions du coin où vous voyez ces cheminées-là, vous pouvez vous dire qu'à un moment ou à un autre, elles ont appartenu à Louis Renault. Alors, une chose caractéristique, c'est ce mur de clôture. Tous les murs Renault sont avec un chapeau en ciment et avec du silex. Et ça, c'est une spécialité Renault. [17:18] Alors l'église est du XVe siècle mais elle a subi beaucoup de changements, de modifications. L'entrée au départ était sur cette façade-là, c'est Renault qui a fait cette entrée ici. Et regardez : ça, la porte, ça aussi c'est une porte Renault, avec les clous, le fer forgé... ça, c'est du Renault typique. À l'époque de Renault, le chauffage de l'église était assuré par une chaudière qui était enterrée ici, une chaudière à bois, et qui envoyait de l'air pulsé dans l'église. Dans l'église, vous avez à l'entrée du chœur et à l'entrée de l'église, deux grille au sol par où l'air chaud arrivait. Et c'était des créations Renault, ce n'était pas seulement des voitures, qu'il faisait... Dans son château, le chauffage était fait avec des radiateurs d'automobiles où l'eau chaude circulait... C'était extraordinaire. C'était vraiment un mécanicien hors pair.

[18:43]
Anecdotes de la guerre

Le premier pont, c'est le pont d'Andé, qui a été détruit en 1940 comme l'autre pont, par l'armée française, et qui a été reconstruit après, du temps de Vichy, 1941-1942. Mais les Allemands, qui ont accepté la reconstruction du premier pont, n'ont jamais accepté la reconstruction du deuxième pont. Donc le deuxième pont, qui est monument historique, parce qu'i; a été record du monde du pont d'une seule travée en béton précontraint dans les années 1920, il était record du monde à cette époque, le pont n'a été reconstruit qu'après la guerre. Quand ils ont construit le pont dans les années 1920, il s'est écroulé. Il y a eu une tempête et les échafaudages se sont écroulés. Donc ils sont restés quelques années sans pont, ce qui a beaucoup gêné Louis Renault parce que quand il arrivait par l'autre côté, il fallait qu'il prenne un bac pour traverser pour aller chez lui, donc il a beaucoup râlé à l'époque. Pendant la guerre on a réinstauré des bacs pour remplacer le vieux pont qui avait été explosé par l'armée française. [20:09] Donc je vous ai dit, en 1939, beaucoup de fermes et de maisons qui appartenait à Renault ont été transformées en homes d'enfants pour les enfants des ouvrier. Il n'y a pas si longtemps, je me souviens qu'un jour de septembre, les journées du patrimoine, j'ai vu arriver un vieux couple. Il y a le grand-père qui me dit "Je suis venu ici en colonie de vacances en 1944. Mon père travaillait à Billancourt et je suis venu ici". Il n'était pas revenu depuis. Et là, sentant un peu qu'il était sur ses vieux jours, il voulait revoir et montrer à sa femme là où il avait vécu en 1944. Et il était lui hébergé dans le château et il nous a raconté qu'il était là quand ont eu lieu les funérailles de Louis Renault. Donc fin septembre ou début octobre 1944, l'enterrement de Louis Renault, il dit "Tous les enfants, on a traversé tout le domaine à pied pour aller jusqu'à l'église et pour assister à l'enterrement de Louis Renault". Ils n'étaient pas revenus depuis. [21:23] Alors évidemment, il n'y avait pas de haie à l'époque : de chaque côté de l'entrée, ça ressemblait un peu à cela, quoi. Donc il y avait une barrière, qu'on voit encore dans la haie, là. Et en 1944, quand l'armée anglaise (c'était un régiment écossais) a traversé la Seine au mois d'août 1944, venant de l'autre côté après la bataille de Normandie, ils passent la Seine à Herqueville, il y a eu au passage un certain nombre de soldats anglais qui ont été tués. Le château Renault à l'époque a servi d'hôpital pour l'armée anglaise. Donc ils ont soigné. Et il y a 5-6 ans, on a reçu en Mairie d'Herqueville une lettre d'Anglais, une famille anglaise, qui cherchaient la tombe de leur père tué en 1944. Et avec une photo de la tombe. Et avec la photo on a réussi à découvrir que la tombe était ici, derrière cette barrière, à la place de la haie. Il y avait deux tombes de soldats anglais. Et on a repéré parce que la photo était prise dans ce sens-là et on repérait la ligne électrique, les poteaux n'avaient pas changé. Donc on a bien vu, et effectivement on a eu des témoignages ensuite qui nous ont confirmé qu'il y a eu des tombes provisoires de soldats anglais ici dans l'entrée du château. Et la famille nous disait dans sa lettre que la tombe était dans un domaine d'un certain Monsieur Renault donc pour nous ça a fait tilt tout de suite, et puis la photo était très claire. Avec la photo on a repéré. Donc les gens sont venus, on les accueillis ici, on a déposé une gerbe à l'endroit où il y avait les tombes, on les invités dans le château, on a déjeuné dans le château, et puis après on a fait tout un tour en voiture, avec une Jeep d'époque, pour voir les endroits en bord de Seine qui ont été traversés par des Anglais en 1944, sur Muids et sur Herqueville. Et depuis, ces gens-là nous envoient leurs cartes de vœux tous les ans à Noël. [23:33] Aux journées du patrimoine on a énormément de questions sur Louis Renault, sur le pourquoi du comment des nationalisations... Est-ce que Renault a vraiment collaboré ou pas collaboré, tout ça... Pour comprendre les accusations contre Renault, il faut se remettre vraiment dans le contexte de 1936 et de 1940 et de 1944. Dans ce contexte-là. On ne peut pas séparer, comprendre ce qui s'est passé en 1944 si oublie 1936 et 1938 : les occupations d'usines, le lock out de 1938 chez Renault et puis bon... Et la Résistance et la force du Parti Communiste en 1944. Il faut se remettre dans ce contexte-là pour comprendre. Parce qu'aujourd'hui on sait que 90% des entreprises françaises ont collaboré. Donc Renault a collaboré effectivement, il y a tous ces camions qu'il a construit... 60% des camions, c'était des camions à essence pour l'armée allemande, les autres c'était des camions au charbon de bois qui étaient pour les Français. Mais 90 % des entreprises françaises ont collaboré. Et pour comprendre ça il faut détour par les trois guerres qu'on a eues en un siècle entre l'Allemagne et la France. En 1870, l'Allemagne bat la France en six semaines (comme en mai 1940 d'ailleurs). Ils occupent la France, tout ça. Pour accepter de retirer leur armée, ils mettent une pénalité à la France de 6 milliards de francs or. Ils pensent qu'avec ça la France va être ruinée, que ça ne va plus être une concurrence, qu'ils vont être seuls en Europe, à dominer l'Europe. Et la France paye rubis sur l'ongle ces 6 milliards de francs or, les Allemands rentrent chez eux et ils se sentent un peu roulés dans la farine. En 1914, ils réattaquent la France, ils n'occupent que le Nord de la France et là ils font une erreur tragique, c'est que ils pillent, ils vident toutes les usines, ils enlèvent les machines, ils détruisent tout. Ce qui fait que toute la population se trouve au chômage, c'est la misère et ils ont un mal fou avec la population civile dont ils s'occupent dans le département du Nord, le Pas-de-Calais, tout ça, où il n'y a plus de travail. Au point que à partir de 1916 les Allemands sont obligés d'évacuer les femmes et les enfants qui n'apportent rien, qui ne sont pas utilisables, on ne peut pas les faire travailler pour les Allemands. En 1940, ils n'ont pas fait la même erreur : en 1940, ils ont poussé les entreprises à rouvrir très rapidement pour éviter le chômage de masse, et puis, pour faire tourner les usines, qu'est-ce qu'il fallait faire ? Il fallait passer des commandes. Et les Allemands ont passé des commandes aux usines, aux entreprise françaises, en les payant avec l'argent de l'indemnité d'Occupation. Cette indemnité d'Occupation, c'était 400 millions de francs par jour. C'est à peu près 130 millions d'euros par jour. Et ça a été payé jusqu'au mois d'août 1944. Alors que Paris était en train de se libérer en août 1944, les Allemands réclamaient encore qu'on leur paye l'indemnité. Et cet argent a servi à passer des commandes dans les usines, à faire le Mur de l'Atlantique, à faire travailler les usines françaises. Donc ça explique que 90% des entreprises ont collaboré pour l'Allemagne. Les 10% qui n'ont pas collaboré, c'était des filiales d'entreprise étrangères comme Hutchinson par exemple, qui était en Angleterre et aux États-Unis, ils ont fermé leurs filiales française, point. Donc il n'y a pas eu de souci. Mais toutes les autres, quel que soit le niveau des entreprises, même le petit artisan du coin il a comme on voit très bien dans dans le film Un village français, l'artisan qui fait du bois, tout ça, bon, il est obligé de travailler pour les Allemands. C'est le seul débouché qu'il a. Les Allemands avaient tout prévu, quand même : ils ont fait tourner les usines, ils ont fait en sorte que les gens aient du boulot, mais les augmentations de salaire étaient interdites. Donc effectivement, cet afflux d'argent des 400 millions de francs qui étaient dus tous les jours avait des résultats évidents : les prix montaient, l'inflation tout ça, donc à la fin de la guerre les ouvriers tiraient la langue parce que les salaires étaient toujours les mêmes qu'en 1940. La collaboration économique, il faudrait la revoir un peu aujourd'hui et puis voir... Renault, est-ce qu'il a vraiment collaboré ? Donc ce n'est pas un problème de collaboration à mon avis, l'histoire de Renault, c'est un choix politique. En 1944, avec le Conseil National de la Résistance, de Gaulle était confronté à une demande très forte de nationalisation de toute l'économie. Il ne pouvait pas accepter ça donc il a fait la part du feu, qui se trouvait être la première entreprise française de l'époque, Louis Renault. Louis Renault qui était mort de toute façon, donc ça ne posait plus de problème. C'est mon analyse personnelle, mais je pense qu'aujourd'hui c'est une question politique : la famille Renault voudrait bien réhabiliter leur grand-père et je leur donne raison, mais même si d'un point de patronal, c'était sûrement quelqu'un qui n'était pas facile à gérer et tout ça, c'était les patrons de l'époque, on ne peut pas dire que c'était des enfants de chœur, mais au niveau de la collaboration je pense que ils ont raison sur le fond.

[29:41]
Épilogue

Vous avez ici la tombe de Louis Renault, qui a été enterré là au début du mois de novembre 1944, après son décès. Il est enterré au pied de l'église où il s'est marié en septembre 1918. Il s'est marié dans cette église et c'était un mariage relativement discret parce que la guerre n'était pas finie. Louis Renault est enterré avec sa femme Christiane Boullaire qui est enterrée ici aussi. Il y a pas mal de gens qui ont travaillé, des familles qui ont travaillé pour Louis Renault qui sont enterrés. Louis Renault avait fait venir des ouvriers d'Italie pour faire tout sa maçonnerie quand il a fait son domaine, les Chiozzotto. Et la tombe de cette famille est ici dans le cimetière. On a celle-là. Il y a les Tourneroche, qui sont une famille aussi qui a travaillé, c'est lui notamment qui pendant la Deuxième Guerre mondiale était chargé des ateliers pour faire du charbon de bois. Les camions ne fonctionnaient plus qu'au charbon de bois. Donc il y avait une unité de fabrication de charbon de bois dans la forêt derrière, et c'était Monsieur Tourneroche qui en a été responsable. Il y a une tombe qu'on ne peut pas manquer dans ce cimetière, au-delà de la tombe de Louis Renault, c'est la tombe de Fix-Masseau, un sculpteur très célèbre en France avant la guerre, qui avait une petite maison en bord de Seine ici à Herqueville, qui est devenu un ami de Louis Renault. C'est lui qui a fait la Marianne de la mairie d'Herqueville. Il était membre du conseil municipal avant la guerre, avec Louis Renault, et il est décédé en 1937. Il a aussi son fils, le fils de Fix-Masseau qui était lui un publicitaire très connu avant guerre aussi, et même après guerre, qui a fait beaucoup de publicités pour les usines Renault, pour les voitures Renault, est enterré à cet endroit-là aussi. Si on veut trouver aujourd'hui des sculptures de Fix-Masseau, il faut aller au musée de l'ex-gare d'Orléans à Paris... la gare d'Orsay, vous y trouverez des sculptures de Fix-Masseau. [32:40] Dans le coin c'est vrai que Louis Renault a marqué. Parce que énormément de gens d'ici ont travaillé pour lui dans le château, il y avait sept fermes... Le ponton Renault a été construit par Jean-Louis Renault, le fils, pour que des péniches viennent chercher les récoltes de blé, toutes les récoltes qui étaient dans ses fermes. Le domaine de Renault avait sept ou huit fermes et tous les produits de la ferme étaient emmenés en péniche depuis ce ponton-là. Au-dessus, la maison vous voyez c'est la maison du neveu par alliance de Renault, François Lehideux qui était directeur des usines Renault de 1930 à 1940, ministre de l'Industrie en 1941-1942 (régime de Pétain), c'est la maison que Louis Renault avait construit pour lui. C'est le château d'eau qui appartient aux deux communes Andé et Herqueville, avec l'écusson d'Herqueville de ce côté-là, et l'écusson d'Andé sur l'autre face. C'est un écusson récent, puisqu'il y a parmi les armes le losange de Louis Renault en plein centre. On a récupéré pour faire l'écusson, les armes d'Herqueville, on a récupéré des blasons des anciens seigneurs d'Herqueville au cours des siècles. Mais on ne pouvait pas ne pas mettre Renault, qui est aussi seigneur d'Herqueville, quoi. Dans les années 1980.

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